l'Histoire du peuple Juif

Histoire du peuple juif sur sa terre

Table des matières

  1. Introduction
  2. Naissance du peuple Hebreu
  3. Le Pays de Canaan
  4. Moïse
  5. Josué

Naissance du peuple Hebreu

Jusqu'au début du vingtième siècle la Bible était considérée comme étant la seule source d'information historique sur les origines et les débuts de l'histoire du peuple juif. Ceci avait été à la source de plusieurs discussions du fait qu'au point de vue de certains la Bible n'offrait qu'un témoignage partiel et unilatéral.

Aujourd'hui, après les découvertes archéologiques des derniers cinquante ans, les archéologues avec leurs matériaux propres aboutissent à une histoire du peuple d'Israël parallèle à celle que nous transmet la Bible. On peut dire que le peuple juif forme une exception dans l'histoire, en ayant su, à une époque tellement lointaine préserver une tradition historique par une littérature historique.

Les Lettres de Tell el-Amarna, qui constituent une correspondance entre deux Pharaons et des roitelets du Moyen Orient parlent d'un groupe de demi-nomades sous le nom de "Habiru", ennemis de l'Egypte que l'on rencontre en Mésopotamie, Anatolie et Canaan. Dans certains contrats hittites il est fait mention du "Dieu des Habirus".

En traçant deux courbes sur la carte partant de Suez et se terminant au Golf Persique, la première passant par Antioche en englobant la Syrie et traversant le Tigre et l'Euphrate, et la seconde longeant les limites des sables du désert d'Arabie on obtient une espèce de croissant que l'on a dénommé le Croissant Fertile . C'est précisément dans cette région que s'est développée, il y a environ quatre mille ans la grande culture des peuples sémitiques. C'est de là que les tribus sémitiques nomades, se sont élancées par vagues successives en direction du nord-ouest vers la Mésopotamie, la Syrie et la Palestine, en détruisant sur leur passage les royaumes de Sumer et d'Akkad, pour fonder de nouveaux royaumes et de nouvelles dynasties. Un petit clan parmi ces tribus nomades, celui d'Abraham était appelé à jouer un rôle sans précédent dans l'histoire du monde.

La Genèse Chap XI 31 nous résume ainsi le départ d'Abraham vers le Nord : "Terach emmena Abraham son fils, Loth fils de Haran son petit-fils et Sarai sa bru, épouse d'Abraham son fils, ils sortirent ensemble d'Ur en Chaldée pour se rendre au pays de Canaan, allèrent jusqu'à Haran et s'y fixèrent".

Le séjour à Haran ne fut que temporaire. Après la mort de son père, Abraham et son clan se remirent en marche cette fois-ci vers le pays de Canaan.

Les Amorites et les Araméens, tribus desquelles était issu Abraham adoraient des divinités de la nature, entre autre le soleil et la lune. La Bible donne au départ d'Abraham le caractère d'un mouvement religieux. Abraham quitte Haran, avec pour la première fois, dans l'histoire de l'humanité, la conception du Dieu Unique. C'est sur l'ordre de Dieu qu'il se dirige vers le pays de Canaan, suivant le verset : Gen XII 1 : "Va- t'en de ton pays, du lieu de ta naissance, de la maison de ton père et vas au pays que je t'indiquerai. Je te ferai devenir une grande nation."

Cette phrase marque non seulement le début de l'histoire du peuple juif, mais aussi la naissance des trois grandes religions monothéistes.

Venu du coeur du Croissant Fertile, Abraham fut le premier à avoir une idée de Dieu, en une forme claire et pure, libre de formes matérielles grotesques et libre d'idées de sorcellerie. Il fallut plusieurs siècles pour que le peuple juif, lui même, assimila cette idée.

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Le Pays de Canaan

Située entre la Méditerranée et le Jourdain, entre la Syrie au Nord et l'Egypte au Sud, cette mince bande de terre fertile constituait il y a quatre mille ans un corridor entre les grands centres de civilisations de l'époque, la Mésopotamie et l'Egypte. Une route de caravanes passait par Gaza, Megiddo et Hazar.

Le pays avait été envahi par plusieurs vagues de tribus Amorites et Araméennes ainsi que par les Hittites. La langue parlée était un dialecte sémitique apparenté au langage d'Abraham. L'écriture cunéiforme était alphabétique, composée d'une trentaine de lettres contre quelques centaines de signes dans les écritures égyptiennes et mésopotamiennes de l'époque.

Les religions pratiquées étaient naturistes et agraires, centrées autour des cultes de Baal, habitant les hauteurs, d'Astarte et d'Ashera, le culte de la fertilité se pratiquait dans les temples où la prostitution rituelle était courante.

Les Hébreux y trouvèrent une société organisée, des villes et des places fortes entourées de murailles. Le pays de Canaan les marqua de son empreinte, qu'ils réadaptèrent plus tard à leur mode de vie et de pensée. Réadaptation qui dura plusieurs siècles et qui fut souvent à la source des luttes intestines sanglantes.

La Bible décrit le pays de Canaan, comme "un pays où coule le lait et le miel" description très similaire à celle de Sinuhe l'Egyptien, contemporain des Patriarches.

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Moïse

Les dynasties se succédèrent sur le trône de l'Egypte, et la région de Goshen devint un grand ghetto où les tribus furent réduites à l'esclavage. L'événement décrit par la Bible comme suit se répétera plusieurs fois dans notre histoire :

"Un roi nouveau s'éleva sur l'Egypte, lequel n'avait point connu Joseph. Il dit à son peuple : Voyez la population des enfants d'Israël surpasse et domine la notre. Eh bien ! Usons d'expédients contre elle, autrement, elle s'accroîtra encore, et alors, survienne une guerre, ils pourraient se joindre à nos ennemis, nous combattre et sortir de la province".

Il semblerait que ce peuple asservi, ne se composait pas uniquement des descendants de Jacob, mais aussi d'autres groupes de sémites. Sous le règne de Ramses II leurs conditions de vie devinrent de plus en plus dures, et ils furent astreints à la corvée de bâtir des forteresses, dont les places fortes de Pithom et de Ramses.

Le souvenir du Dieu ancestral commençait à se perdre, sauf dans la tribu de Lévi. Suivant la tradition Moïse, naquit, à l'époque où le Pharaon avait ordonné la mise à mort des enfants mâles des Hébreux, et fut trouvé au bord du Nil par la fille du roi, dans un panier bitumé.

Une légende sémitique veut que le roi Sargon d'Akkad ait été trouvé aussi dans un panier au bord d'une rivière.

La tradition juive nomme cette princesse égyptienne Batyah et les allusions bibliques tendent à faire croire qu'il s'agissait de la princesse Hatsheput qui régna plus tard sur l'Egypte.

Le nom de Moïse est un nom égyptien : Mose signifie "un enfant est donné" et les noms que nous connaissons comme Ramses, Tutmes, Achmes, doivent se lire Ra-mose, Tut-mose, Ach-mose.

Moïse grandit à la Cour et fut instruit par des prêtres égyptiens. Il garda des contacts, probablement clandestins avec sa famille et son peuple. Ayant vu un égyptien maltraiter un esclave hébreu il le tua et s'enfuit dans le désert du Sinaï, pour se réfugier auprès de Jethro, prêtre d'un sanctuaire au pays des Madianites, dont il épousa la fille.

Au début du siècle Sir Flinders Petrie a découvert dans le Sinaï les mines du temple de Serabit, au sommet d'une colline, où des rites sémitiques avaient été pratiqués. Il trouva des autels où l'on brûlait l'encens, un autel pour sacrifier des animaux, et quatre grands réservoirs d'eau pour les ablutions rituelles. Des rares inscriptions qu'on y a trouvées, il ressort qu'il s'agit d'une écriture sémitique alphabétique. Sir Flinders Petrie démontra aussi que ce temple avait été reconstruit par la princesse Hatsheput.

Les Madianites descendaient aussi d'Abraham, et Moïse s'instruisit aussi auprès de Jethro. C'est en faisant paître les troupeaux de ce dernier au pied du Mont Sinaï, que la tradition veut que Moïse ait eu la révélation. Les Patriarches voyaient en Dieu, le Dieu Très Haut, à Moïse il se révéla sous le nom : "Je suis celui qui est."

Moïse retourna en Egypte et avec l'aide d'Aaron son frère commença à organiser le peuple hébreu pour le départ. Lorsqu'il s'adresse au Pharaon, Moïse utilise les mots "L'Eternel, Dieu des Hébreux" : expression mentionnée quelques siècles plus tôt dans les contrats hittites. Les préparatifs terminés les tribus sémitiques asservies quittèrent l'Egypte par une nuit de printemps aux environs de l'année1400 AC sous prétexte d'aller offrir des sacrifices à leur Dieu dans un sanctuaire du désert de Sinaï. Fort probablement au temple de Serabit.

Les tribus hébreuses auxquelles s'étaient joints d'autres groupes d'esclaves sémitiques étaient indisciplinées, les liens de famille s'étaient relâchés durant les siècles de servitude : c'est sur sa tribu, la tribu de Lévi, et en particulier sur son frère Aaron et sa sœur Miriam que Moïse s'appuya pour transformer cette horde de serfs en nation disciplinée.

Moïse conduisit le peuple vers ce que l'Ancien Testament appelle la Mer des Roseaux, que le Nouveau Testament confond erronément avec la Mer Rouge. La Mer des Roseaux se trouvait à l'époque au nord de la Mer Rouge, qu'elle reliait aux Lacs Amers : ce bras de mer disparut plus tard et le Canal de Suez passe aujourd'hui sur le lieu de son emplacement. Sous l'influence des vents du Nord-Ouest il était possible de la franchir à gué : c'est vraisemblablement ce qui se produisit. Les Egyptiens ayant compris que le sacrifice n'était qu'un prétexte et voyant fuir cette main d'œuvre bon marché, les poursuivirent, mais un changement de vents au passage de la Mer des Roseaux interrompit cette poursuite. Alors commença pour les fuyards une vie nomade pénible à travers le désert, qui devait durer quarante ans.

A Refidim, non loin du Mont Sinaï les Amalicites attaquèrent les tribus d'Israël épuisées. C'est à cette occasion que Yehoshua Ben Nun, ou Josué eut la première occasion de se révéler comme chef militaire. La Route du Mont Sinaï était ouverte.

Moïse rassembla le peuple au pied de la montagne sacrée, et c'est là que se produisit un événement unique dans l'histoire du monde, l'institution de la croyance en un Dieu unique, qu'un fils de pasteurs nomades, né en Egypte, transmit à une bande d'esclaves fugitifs, qui à partir de cet instant furent transformés en peuple de prêtres, élus de Dieu, en nation de Justes. C'est là que se forma la confédération des tribus d'Israël, la nation qui devait occuper la Terre de Canaan.

Malgré le rattachement de la Divinité avec le Dieu des ancêtres, une nouvelle croyance était née, en un Dieu unique, sans forme et universel, en un Dieu de Justice. Le langage des Dix Commandements est d'une clarté sans précédent, et les tribus d'Israël reçoivent l'ordre et acceptent de ne pas pécher parce que leur Dieu le veut.

Le monothéisme tel qu'il est défini dans le Décalogue est clair et sans discussion. Les deux premiers commandements définissent la divinité : il s'agit d'une définition d'ordre spirituel : toute manière de la décrire ou de la représenter est un sacrilège. Le troisième commandement est une invitation à la piété : il n'est possible d'invoquer la divinité que pour la prière. Le quatrième commandement sanctifiant le repos hebdomadaire nous est transmit comme une institution : il est probable que l'observance de jours de repos soit une institution sémitique ancienne vu qu'à Babylone on appelait "shabattu" des journées taboues d'abstinence et de repentir. C'est toutefois à Moïse que revient le mérite d'avoir rendu obligatoire et sacré l'arrêt du travail dans un cycle périodique de sept jours. Le cinquième commandement sanctifie la famille : dans la société patriarcale des tribus, la famille constituait la cellule à partir de laquelle se développait la structure de la tribu, l'obéissance au chef de la famille entraînait automatiquement la discipline au sein de la tribu et de la nation. Les cinq derniers commandements sont des prescriptions d'ordre moral, régissant les rapports entre les hommes, qui sont devenus depuis les bases morales des sociétés les plus modernes.

Il est évident que la formation intellectuelle de Moïse dans les temples égyptiens a beaucoup contribuée à l'élaboration des dix commandements. Dans "Le livre de la Mort" des anciens égyptiens les défunts déclarent au juge suprême :

"Je n'ai pas tué d'hommes. Je n'ai pas volé. Mon coeur n'a pas convoité. Je n'ai pas menti. Je n'ai pas commis d'adultère."

C'est toutefois à Moïse que revient le privilège d'avoir rendues publiques, les règles morales que l'on enseignait à quelques initiés dans le secret des temples chaldéens et égyptiens. Pour Moïse ces préceptes devenus les dix commandements ne devaient pas rester gravés dans les cieux ou sur la terre, mais dans le coeur même de l'homme. Ceci il le définit clairement dans le passage qui devait devenir la profession de Foi du juif dans les siècles à venir : le Chéma :

"Ecoute Israël, l'Eternel notre Dieu, l'Eternel est Un. Tu aimeras l'Eternel ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir. Ces devoirs que je t'impose aujourd'hui seront gravés dans ton coeur. Tu les inculqueras à tes enfants et tu en parleras dans ta demeure, en faisant ton chemin, en te couchant et en te levant."

Il fallut plusieurs siècles au peuple d'Israël pour arriver à comprendre la signification profonde du Décalogue, et surtout des deux premiers commandements. Il était difficile à des gens primitifs vivant à l'Age du Bronze, de se représenter une divinité sans formes. A la première absence de Moïse le peuple sentit la nécessité de se représenter la divinité et fit le Veau d'Or. Cette première déviation fut punie durement par Moïse et les coupables furent mis à mort.

Le Décalogue gravé sur des tables de pierre devint le centre du culte. Tous les peuples contemporains avaient des sanctuaires, ou lieux de pèlerinage sacrés ; un peuple nomade ne pouvant avoir de sanctuaire : un sanctuaire portatif fut confectionné en bois d'acacias pour contenir les tables de la loi : l'Arche de l'Alliance. Lors des périodes d'arrêt, l'Arche de l'Alliance, symbole de la présence perpétuelle de Dieu, se trouvait placée dans une tente, la Tente d'Assignation dans laquelle brûlait la flamme perpétuelle du chandelier à sept branches, la Menorah. Dans cette tente se trouvait aussi une table sur laquelle étaient posés douze pains, représentant les douze tribus d'Israël. C'est devant la Tente d'Assignation, devenue le lien entre un peuple et son Dieu libérateur qui lui avait donné la loi et qu'il reconnaissait comme unique maître, que Moïse rassemblait les chefs des tribus.

Le Décalogue fut graduellement développé de manière à devenir un code de lois régissant la vie journalière du peuple, dans le domaine des rapports entre individus eux-mêmes, entre individus et la collectivité ainsi que des rapports entre le peuple et Dieu. Trois assemblées annuelles furent instaurées devant le sanctuaire, la célébration de la Pâque avec le sacrifice de l'agneau pascal, la fête de la moisson et la fête de la récolte.

C'est à sa propre tribu, la tribu de Lévi, que Moïse confia le culte, Aaron son frère devint le prêtre, le Cohen, et le sacerdoce devenait le droit héréditaire de sa descendance. Malgré les conditions difficiles de la vie dans le désert Moïse tenait à ce que le faste entoura le culte : ceci aussi très probablement pour remplacer l'absence d'idoles. L'entretien du culte fut confié aux autres membres de la tribu de Lévi.

Unies dans un idéal commun, dont la promesse de la possession du pays de Canaan formait une partie, les tribus recommencèrent leur marche à travers le désert. Du Mont Sinaï elles se dirigèrent sur Kadesh Barnea et à partir de là essayèrent une première pénétration en Canaan par le Sud. Douze éclaireurs, un de chaque tribu, dont Josué explorèrent la région d'Hébron mais retournèrent découragés. Ils décrivirent "un pays ou coule le lait et le miel" mais habité par "une race plus grande et plus forte que la notre, des villes considérables et fortifiées jusqu'au ciel". Ceci découragea le peuple, et Moïse, vu l'inexpérience de ses hommes changea la direction de sa marche et retourna vers le Sud, malgré l'insistance de Josué et de Caleb d'entreprendre immédiatement la conquête du pays.

Une période sombre qui devait durer trente-huit ans s'ensuivit, les enfants d'Israël reprirent la vie nomade dans la région de Kadesh Barnea. Moïse, en prévision des grands changements de mode de vie qui devaient inévitablement survenir, celui de la transformation de la vie nomade en vie sédentaire élargit son code de lois et créa une administration en nominant de conseils d'anciens et des juges. Des tentatives de révolte provoquées par le découragement furent réprimées et après trente-huit ans durant lesquels s'était formée une nouvelle génération animée de l'esprit guerrier, entraînée par Josué et Caleb, la marche reprit cette fois ci vers l'est du Jourdain.

La route de Kadesh Barnea au Jourdain passait par cinq royaumes : Edom, Sihon, Bashan, Ammon et Moab. Les Israélites s'étant vus refuser le passage contournèrent Edom et Moab. Sihon, roi des Amoréens, aussi voulut leur interdire de passer, ils attaquèrent son royaume et gagnèrent une première victoire, conscients de leur force et encouragés par le succès ils traversèrent le fleuve Jabbok, occupèrent le royaume de Bashan et se rendirent maîtres de la rive Est du Jourdain, du fleuve Arnon au lac de Tibériade. De là ils se dirigèrent sur Sittim dans les plaines de Moab.

C'est à Sittim que le peuple eut ses premiers contacts après la sortie d'Egypte avec les rites cananéens pratiqués par les Moabites et les Madianites : une partie du peuple ayant participée à des fêtes de fertilité, la riposte de Moïse fut immédiate : Les coupables furent mis à mort et une guerre d'extermination fut déclenchée contre les Madianites sous le commandement de Pinhas petit-fils d'Aaron.

Les tribus de Reuben et de Gad, ainsi qu'une partie de la tribu de Manasseh reçurent des terres à l'Est du Jourdain , le pays étant favorable à l'élevage du menu bétail, à la condition que leurs guerriers suivraient ceux des autres tribus jusqu'à la fin de la conquête du pays de Canaan. Ceci pour confirmer une fois de plus l'union des tribus et l'unité de leur but.

Quarante ans après la sortie d'Egypte, Moïse, ayant désigné comme successeur Josué, mourut sur le Mont Nebo face à Jericho. Il fut enterré en secret afin qu'on ne connut pas sa sépulture et qu'elle ne devint pas un lieu d'adoration, et Israël tint son deuil pendant trente jours.

La figure de Moïse ressort comme une des plus grandes de l'histoire, et reste sans égal parmi celles des législateurs et fondateurs de nation. Il réussit à fondre des tribus apparentées en peuple, et en créant la nation juive il la choisit pour lui donner sa religion, la marquant ainsi de l'empreinte que le peuple juif a gardée jusqu'à nos jours.

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Josué

Moïse avait été un législateur patient et avait gouverné sans trop verser de sang, au moyen d'ordres qu'il transmettait de la part de la divinité : c'est ainsi qu'il avait conduit son peuple jusqu'aux confins de la Terre Promise. Josué était un guerrier, il gouverna suivant la loi de la nature, celle de la survie du plus fort. Ce fut à Josué qu'incomba de commencer la prise de possession du Pays de Canaan.

Josué appartenait à la grande tribu d'Ephraim, il avait commandé les combattants d'Israël contre Amalek à Rephidim, il avait été un des douze éclaireurs à explorer le pays de Canaan peu après l'Exode et seul avec Caleb ben Yefunch avait favorisé une invasion immédiate. Par la suite il avait collaboré étroitement avec Moïse en des circonstances importantes.

Lors du dernier recensement qui eut lieu peu de temps avant la mort de Moïse il avait été établi qu'en dehors de Josué et de Caleb tout le peuple était né après la sortie d'Egypte. C'est une troupe d'hommes jeunes qui l'Arche de l'Alliance en tête traversa le Jourdain et campa à Guilgal sans rencontrer de résistance. La circoncision ayant été négligée pendant la marche dans le désert, Josué donna l'ordre de faire circoncire le peuple au moyen de couteaux de pierre. Après avoir célébré la Pâque pendant sept jours, il attaqua et brûla Jéricho, s'ouvrant ainsi la voie de la plaine centrale du pays. Vers l'année 1930 le Prof. John Garstang entreprit des fouilles à Jéricho qui confirment que cette ville fut incendiée, parmi les tombes on trouva des scarabées égyptiens portant les sceaux d'Hatsheput, de Tuthmes III et d'Aménophis III son successeur, Pharaon de l'Exode : la série s'interrompait avec lui, sans qu'il y eut d'inhumation pendant deux siècles.

L'occupation d'Ai et de Bethel suivit la destruction de Jéricho. La ville et la région de Gabaon se rendirent à Josué, et devant le danger cinq rois cananéens se coalisèrent pour arrêter l'avance des Israélites : ils furent battus et l'accès du Sud du pays était ouvert.



Sous le commandement de Caleb et d'Othniel la tribu de Juda occupa Hébron et Kiryath-Sefer ; la tribu d'Ephraim tribu de Josué prit possession de Shehem, le restant de la tribu de Manasseh la région adjacente à l'Est du Jourdain. L'Arche de l'Alliance fut installée à Shiloh et Josué y convoqua les tribus : la tribu de Joseph ayant été divisée en deux tribus celles d'Ephraim et de Manasseh, cinq tribus ayant reçu leur part de terre, Josué divisa le reste du pays en sept régions et tira au sort pour déterminer les régions qui devaient échoir à chaque tribu. La tribu de Lévi ne reçut aucune part de terre, ils eurent des lieux d'habitation dans les villes. Le pays une fois partagé les Israélites se dispersèrent et commencèrent à se coloniser. Des citernes furent creusées pour recueillir l'eau de pluie et rendues imperméables au moyen d'un enduit calcaire spécial de manière à rendre indépendantes des sources d'eau qui pouvaient éventuellement tomber entre les mains de l'ennemi et dans les régions montagneuses un travail de pionniers fut entrepris pour rendre la terre arable. On vit surgir un véritable réseau de villages à travers le pays de Canaan, centres de familles patriarcales qui formaient les noyaux de chacune des tribus, le chef de chaque village servant à la fois de juge et d'administrateur en temps de paix et de chef militaire en temps de guerre.

Les places fortes et les villes Cananéennes que Josué avait évité d'attaquer par mesure de prudence, restèrent des îlots et des enclaves isolées mais hostiles, qui devaient dans les années à venir devenir des points de départ d'attaques contre les enfants d'Israël.

En quittant l'Egypte, les enfants d'Israël avaient emporté avec eux les ossements de Joseph, qu'ils ne voulaient pas abandonner en terre étrangère : ils furent enterrés à Shehem. C'est également à Shehem que résida Josué jusqu'à sa mort. En 1870 non loin de Bethel, dans un village qui portait le nom de Kefr Ishua (village de Josué) on découvrit des tombes taillées dans le roc, et dans l'une d'elles on découvrit de nombreux couteaux de pierre. La Bible parle de l'enterrement de Josué en ces termes : "On l'ensevelit dans les limites de ses possessions à Thimnath-Sérach dans la montagne d'Ephraim au nord du mont Gaasch." Ceci pour ce qui est de la Bible hébraïque, le texte grec provenant de la traduction des Septante continu ainsi : "On mit dans la tombe qu'on avait creusée pour lui les couteaux de pierre au moyen desquels il avait circoncis les Israélites à Guilgal."

LES JUGES Après la mort de Josué, aucun chef ne se révéla apte à diriger le peuple entier. La période qui s'ensuivit s'appelle la période des Juges. Dans les moments difficiles il apparut des chefs nommés Juges dans chaque tribu, qui surent surmonter les difficultés du moment. Treize Juges se suivirent durant cette époque : 1. Othniel (Juda) 2. Ehud (Benjamin) 3. Schamgar (Benjamin) 4. Déborah et Barak (Naphtali) 5. Gidéon (Manasseh) 6. Abimelech (Manasseh) 7. Thola (Issachar) 8. Jair 9. Jephthe 10. Ibtsan 11. Elon (Zabulon) 12. Avdon 13. Samson (Dan) Le désordre qui suivit la mort de Josué, poussa les tribus isolées à se lier avec les peuples voisins : les mariages avec les autochtones affaiblirent le sentiment religieux. Le résultat de ceci fut la décentralisation, le manque d'union et la dégénérescence nationale. Les peuples cananéens se rendant compte de l'influence qu'ils pouvaient avoir se relevèrent et essayèrent à tout prix de détruire les tribus d'Israël qui furent asservies une à une. C'est dans des moments pareils que les Juges intervinrent à la tête d'une ou de plusieurs tribus : mais ils ne réussirent pas à unir le peuple, comme il l'avait été sous Josué. Le royaume Jébusite de Jérusalem constituait une enclave hostile au milieu du pays et créait aussi une division géographique. Les tribus du Nord créèrent une confédération autour des grandes tribus d'Ephraim et de Manasseh, tandis qu'au Sud se créait une seconde confédération autour de la tribu de Juda. Les tribus du Nord avaient comme centre Shiloh où se trouvait l'Arche de l'Alliance, sous la garde de la tribu de Lévi et des descendants d'Aaron. Cette tribu belliqueuse des temps de Moïse s'était transformée en confine religieuse au service de Dieu. N'ayant pas reçu de terres au moment du partage elle vivait des dîmes prélevées sur les autres tribus. Les descendants d'Aaron et les chefs désignés des tribus présidaient la confédération du Nord, qui avec le temps prit le nom d'Israël, tandis que la confédération du Sud fut connue sous le nom de Juda. Etablis sur les territoires de Canaan, sans aucune expérience de l'agriculture, c'est, malgré tout, de leurs voisins cananéens que les enfants d'Israël apprirent à vivre sur ces terres : mais cet échange culturel fut à double tranchant. Les autels de Baal avaient été remplacés, par endroits, par des autels au Dieu des Patriarches. Avec le temps et par endroits ceci créa des confusions dans l'esprit du peuple qui commença à confondre les deux divinités. Le second risque au point de vue religieux était l'attraction qu'offraient les rites cananéens de fertilité. C'est grâce aux incursions continuelles des peuples voisins que l'assimilation fut empêchée. Chacun de ces durs combats provoquait un attachement, souvent momentané, à la divinité nationale invisible qui marchait à la tête des armées de son peuple, et donc combattait avec lui pour l'aider à survivre. Après la mort de Josué les Edomites menacèrent les tribus de Juda et Siméon dans le Sud et furent battus par Othniel. Les Moabites, leur roi Eglon à leur tête, traversèrent le Jourdain : Ehud sous prétexte de lui offrir un présent et de faire acte de soumission le tua, et fit couper la retraite de l'armée Moabite en faisant tenir les points de passage sur le Jourdain par les hommes d'Ephraim et de Benjamin. Au 12ème siècle AC une nouvelle migration de pirates venus de Crête s'attaqua aux côtes de l'Egypte. Repoussés par Ramses III, ils s'établirent sur le littoral palestinien : ceci grâce à leur supériorité en armement, car tandis que le Moyen-Orient était à l'âge du bronze les Philistins connaissaient le fer. Ils subjuguèrent Ashkelon, Ashdod, Ehron, Gath et Gaza où ils formèrent une confédération. Leurs premières attaques contre les tribus d'Israël furent repoussées par Shamgar. Ceci ne devait être que le prélude d'une série de guerres qui devaient se prolonger pendant de longues années. Dans le Nord les troupes de Jabien, roi Canaanite, pénétrèrent dans le territoire de la tribu de Naphtali, sous le commandement de Sisera. Poussé par les exhortations de la prophétesse Déborah, Barak leva une armée et vainquit Sisera près du Mont Thabor. Sisera prit la fuite et entra se réfugier dans la tente d'une certaine Jael, dans un campement de Kéniens nomades, alliés aux tribus d'Israël. Elle lui donna à boire et profita de son sommeil pour le tuer. Les Madianites, après avoir ravagé les royaumes d'Edom et de Moab, suivirent la route qu'avait pris Moïse et traversèrent le Jourdain pour piller la vallée de Jizréel. Ces incursions se répétaient d'année en année : à une occasion leurs attaques furent poussées jusqu'au territoire de Manasseh. Gidéon rassembla trois cents guerriers et les attaqua par surprise dans la nuit : pris de panique les Madianites fuirent vers le Jourdain, où ils furent interceptés par les gens d'Ephraim : ceux qui réussirent à traverser le fleuve furent rattrapés et massacrés par Gidéon. Lors d'une nouvelle invasion l'année suivante les Madianites furent poursuivis au-delà du Jourdain et leur chef mis à mort. Gidéon détruisit les autels de Baal dans le territoire de sa tribu : le peuple lui donna le surnom de Jerubaal – "Baal le craint." Le livre des Juges se termine dans la Bible par le verset suivant : "En ce temps là, il n'y avait point de roi en Israël, et chacun faisait ce que bon lui semblait." La tribu de Manasseh offrit à Gidéon de le nommer roi, pour réunir le peuple sous un chef, mais celui-ci refusa en répondant "Dieu seul doit régner sur vous." Après la mort de Gidéon, son fils Abimelech, fils d'une concubine Canaanite, fit assassiner tous ses frères, sauf un qui avait reussi à s'enfuir, et tenta de se faire proclamer roi à Shehem. Ce fut une expérience de courte durée qui se termina par l'assassinat d'Abimelech. Avec la mort d'Abimelech les tribus Cis-Jordaniennes périclitèrent tandis que celles établies à l'Est du Jourdain, surtout la partie de la tribu de Manasseh autour de Gilead, reprirent courage. Sous Jephthe de Gilead les Ammonites furent repoussés et les Israélites occupèrent leurs villes. La tribu d'Ephraim attaqua Jephthe parcequ'il ne les avait pas invités à se joindre à lui dans la campagne contre les Ammonites. Jephthe les repoussa en Cis-Jordanie. Le danger philistin augmentait et Samson défendit le territoire de Dan, contre ces envahisseurs pendant vingt-cinq ans jusqu'à sa mort, après laquelle la tribu de Dan, réduite à six cents guerriers dut se replier vers l'extrémité Nord du pays.

SAMUEL La période des Juges, malgré ses luttes continuelles, fut la période pendant laquelle les tribus d'Israël absorbèrent la culture de leurs voisins, se transformèrent de nomades en paysans et apprirent à se défendre contre eux. Ce fut une période de transition, qui aboutit avec la monarchie à une fusion nouvelle des tribus sur le territoire national. Deux tendances avaient empêché la réalisation du rêve de Moïse : le séparatisme entre tribus et l'influence de la religion cananéenne avait tellement affaibli Israël, qu'il avait perdu son emprise sur le territoire conquis par Josué. C'est du sanctuaire de Shiloh que revint l'espoir, lorsqu'après la mort de Samson, les Philistins reprirent leurs attaques contre les tribus d'Israël pour s'emparer de la vallée de Jizréel. L'Arche de l'Alliance se trouvait à Shiloh, sous la garde du prêtre Eli et son disciple Samuel. Dans ces moments de malheur, le sanctuaire devint de nouveau un lieu de pèlerinage pour les guerriers d'Ephraim et de Benjamin ainsi que pour ceux des tribus d'outre Jourdain. Eli les encourageait en leur demandant de retourner vers Dieu et d'avoir confiance. Les Philistins vainquirent l'armée des tribus d'Israël à Aphek (Carte : 5) : les troupes se reformèrent et allèrent à Shiloh demander que l'Arche de l'Alliance fut portée dans la bataille à la tête des troupes, comme au temps de Josué. Une seconde bataille eut lieu à Aphek, les Israélites furent écrasés par la supériorité en hommes et en armes des Philistins. Les deux fils d'Eli qui portaient l'Arche furent tués, et l'Arche de l'Alliance tomba entre les mains des Philistins. Les tribus d'Israël semblaient avoir reçu un coup fatal : le prêtre Eli mourut de désespoir. Les Philistins déferlèrent à travers le territoire d'Ephraim détruisirent Shiloh, et un gouverneur philistin siégea à Guibea dans le territoire de Benjamin. La confédération des tribus du Nord n'existait pour ainsi dire plus. La confédération des tribus du Sud n'avait pas pris part à la vie politique durant la période des Juges. Eloignées des cananéens, sous l'égide de la tribu de Juda, elles avaient conservées les traditions patriarcales et suivaient d'une manière plus assidue la loi de Moïse : elles devaient aussi apporter de nouvelles forces dans la lutte contre l'envahisseur. Samuel, disciple d'Eli s'était retiré à Rama dans les collines d'Ephraim. Après le désastre d'Aphek il essaya d'abord de convaincre le peuple à cesser de pratiquer les rites cananéens, les dieux cananéens étant non-existants. Le Dieu d'Israël lui n'abandonnerait pas son peuple, pourvu que celui-ci observe ses commandements. Des cercles d'adhérents se formèrent autour de lui, et peu de temps plus tard il réussit à rassembler les chefs des tribus à Rama, qui, avec la personne de Samuel devint le centre de l'union nationale. Infatigable, il parcourut le pays en insufflant l'esprit de la résistance et offrant des sacrifices. Pendant une période de vingt ans Samuel travailla pour mettre sur pied une organisation qui puisse reprendre la lutte. Les chefs des tribus constatant leur propre faiblesse, la tribu d'Ephraim étant incapable après la série de défaites qu'elle avait subi de reprendre la tête d'un mouvement national, demandèrent à Samuel de nommer un roi, au-dessus des tribus. Ceci malgré les mises en garde de Samuel, qui voyait un danger dans l'établissement de la royauté, soit pour l'autorité absolue de Dieu sur Israël comme aussi pour la liberté individuelle. A la suite d'un conseil tenu à Mitspa avec les chefs de tribus la décision fut prise. Profitant de l'occupation des territoires à l'ouest du Jourdain par les Philistins, les Ammonites attaquèrent les territoires de Reuben et de Gad en Trans-Jordanie. Les deux tribus furent appel à la tribu voisine de Benjamin. Saul ben Kish, un fermier, organisa une armée qui traversa le Jourdain et vainquit les Ammonites. Cette victoire eut l'effet d'un miracle sur Israël, qui reprit courage et s'unit autour de la personne du vainqueur. Saul était très grand et avait l'esprit d'un chef, Samuel vit en lui le roi désigné par Dieu. Il alla l'oindre roi à Guilgal. Guilgal avait été le premier sanctuaire des douze tribus lors de leur entrée en Canaan : c'est dans ce lieu que Samuel voulut en nommant Saul roi, réunir encore une fois les douze tribus autour de leur nouveau chef.

SAUL ( 1033 – 1013 ) Le peuple était mûr pour suivre son roi. Le fils de Saul, Jonathan donna le signal de la révolte contre les Philistins et pénétrant par surprise à Ghiva il tua le gouverneur philistin et massacra la garnison. Les Philistins tentèrent de contre attaquer, furent battus à Michmash (Carte : 5), et s'enfuirent en désordre, évacuant les territoires de Benjamin et de Juda ainsi que le centre du pays. Saul établit sa capitale à Ghiva qui prit le nom de Ghivat-Shaul. Avec l'aide de Jonathan et son cousin Abner ben Ner, Saul réorganisa son armée en créant un corps d'officiers, placés à la tête de cent et de mille hommes : une discipline de fer fût établie dans l'armée. Des campagnes punitives furent entreprises contre les pillards Moabites, Ammonites et Araméens qui furent repousses à l'Est du Jourdain. A la suite d'incursions Amalécites dans le territoire de Juda, Saul leva des troupes dans tout le royaume, événement unique depuis l'époque de Josué, et entreprit une expédition punitive. Les Amalécites furent vaincus, leurs hommes massacrés, et leur roi Agag, exécuté à Guilgal. Avec les succès militaires de Saul, sa popularité augmenta, mais un fossé de plus en plus grand se creusa entre le roi et le sacerdoce. Samuel abandonna complètement Saul. Un nouveau centre religieux se créa à Nob, où Achimelech, arrière-petit-fils d'Eli, avait recueilli l'Arche de l'Alliance que les Philistins avaient abandonnée à Kiryath-Jearim. Depuis la défaite d'Aphek la tribu d'Ephraim avait perdu l'ascendant qu'elle avait eu sur les tribus du Nord. La capitale du royaume se trouvait plus au Sud dans le territoire de Benjamin. Saul ayant l'ambition de créer une union solide des tribus sous son sceptre, porta un grand intérêt à la tribu voisine de Juda qui s'était tenue à l'écart des tribus du Nord durant une longue période. Lors d'un combat avec les Philistins, un jeune pâtre de Bethléhem, David ben Ishai de la tribu de Juda, s'était distingué en tuant un héros philistin Goliath. Il fut remarqué et appelé à la cour, où il gagna l'amitié de Jonathan. Doué de talents musicaux il se rendit sympathique à Saul dont il devint d'abord l'écuyer. Puis Saul le nomma commandant d'un régiment et lui donna sa fille Michal en mariage. Les sucés militaire que David remporta contre les Philistins et l'intérêt croissant que lui témoignait Samuel rendirent Saul jaloux de David. Il commença à voir un rival en lui et tenta de l'éliminer. Grâce à l'aide de Jonathan et de Michal, David réussit à quitter la cour et se dirigea vers le territoire de Juda. Il s'entoura de jeunes combattants, et les prêtres du sanctuaire de Nob lui fournirent des armes. Il s'empara de la forteresse d'Adullam où vinrent le rejoindre plusieurs membres de sa famille, augmentant sa suite au nombre de six cents. Saul se vengea en massacrant les prêtres de Nob dont un seul, Abiathar, réussit à s'enfuir et à rejoindre David dans les environs d'Hébron où David organisait ses guerriers sous le commandement de son parent Joab ben Tserouja. Craignant de tomber tôt ou tard entre les mains de l'armée royale qui le pourchassait, David, se mit sous la protection du roi philistin de Gath et se réfugia à Ziklag non loin de Gaza avec ses guerriers. Les Philistins qui se préparaient à une nouvelle guerre contre Israël, tenaient à la collaboration de David. Quelques mois plus tard ils déferlèrent à nouveau dans l'Emek Jizréel, mais au dernier moment, manquant de confiance en David décidèrent de le laisser à Ziklag, où d'ailleurs il était occupé à repousser des attaques Amalécites. Les Philistins détruisirent l'armée d'Israël au Mont Gilboa. Saul et trois de ses fils dont Jonathan furent tués et les territoires à l'Est du Jourdain tombèrent une fois de plus dans les mains des Philistins. Abner traversa le Jourdain avec les débris de l'armée de Saul et fit proclamer le fils de Saul, Ischboscheth ou Ishbael roi. Il leva des troupes en Trans-Jordanie et reprit la lutte contre les Philistins. En cinq ans il réussit à libérer la partie Nord du pays, et à convaincre les tribus de l'ancienne confédération du Nord de se réunir à nouveau. Les liens étroits qu'Abner créa entre ces tribus devaient plus tard avoir des résultats funestes.

DAVID ( 1013 – 973 ) Après la défaite du Mont Gilboa, les tribus du Sud isolées, firent appel à David qui se rendit avec ses guerriers à Hébron où il fut oint roi de Juda. La nation fut divisée en deux et gouvernée pendant sept ans et demi par deux rois. Lorsque Abner eut réuni le Nord une guerre civile qui dura deux ans s'ensuivit entre les tribus du Nord sous le commandement d'Abner et les tribus de Juda et Siméon sous le commandement de Joab et ses frères. Une querelle entre Ischboscheth et Abner poussa ce dernier à se mettre secrètement en rapport avec David, et Abner commença à travailler dans le Nord pour gagner des partisans à David. Il se rendit en grand secret à Hébron, d'où Joab avait été éloigné par David pour quelques jours ; Abner fut tué dans une embuscade organisée par Joab lors de son retour. Quelque temps après deux officiers assassinèrent Ischboscheth pendant son sommeil. Le seul descendant de Saul était le fils infirme de Jonathan, Méphiboscheth et les notables du Nord, qui avaient été préparés par Abner, ainsi que par les prêtres, se rendirent à Hébron où ils proclamèrent David roi de tout Israël. Depuis l'époque des Juges il subsistait une enclave cananéenne dans le territoire des tribus de Juda et de Benjamin : le royaume Jébusite et sa capitale sur le Mont Sion. Le royaume constituait une région qui divisait géographiquement le territoire des tribus du Nord de celui des tribus du Sud. David qui visait l'union complète des tribus décida de l'occuper. Joab investit la ville qu'il occupa et qui fut nommée "Yerushalayim", nom dont la signification reste inconnue. Cette place forte sur les collines, dans un territoire nouveau qui n'appartenait à aucune des tribus fut choisi par David comme capitale du royaume. Les Philistins réalisèrent rapidement que les intentions de leur ancien vassal étaient la libération des régions occupées. Ils réagirent rapidement, pénétrèrent dans le territoire de Juda, occupant Bethléhem et menaçant Hébron. David attendit l'arrivée des soldats des tribus du Nord, vainquit les Philistins deux fois dans la vallée de Rephaim et à Efes-Damim, et les poursuivit jusqu'à Gaza, occupant la ville de Gath. Le danger philistin disparut. Cette défaite assura à David le contrôle du passage des caravanes entre la Mésopotamie et l'Egypte, et lui acquit le respect et l'amitié des territoires voisins, surtout des villes phéniciennes de Sidon et de Tyr. La paix rétablie, David s'attela à la tâche de reconstruire sa nouvelle capitale Jérusalem qu'il entoura de remparts. Dans l'enceinte qui prit le nom de "Ville de David" il se fit construire une demeure en bois de cèdre, fourni par son allié Hiram roi de Tyr. Un quartier fut construit pour ses vétérans, qui prit le nom de "Beth ha Gibborim ". Profondément religieux, et tenant à l'appui des Lévites, David voulut faire de Jérusalem le centre religieux du pays. L'Arche de l'Alliance fut ramenée de Kiryath-Jearim ; les chœurs des Lévites et David lui-même l'accompagnèrent en chantant et dansant et la placèrent dans une tente devant la maison du roi, sous la garde d'Abiathar qui fut nommé grand-prêtre. Sous le règne de David des chœurs furent organisés pour les services religieux, on lui attribue plusieurs psaumes qui occupent une grande place dans notre rituel, encore aujourd'hui, ainsi que dans celui des églises. Saul avait crée une armée pour gouverner le pays, David créa l'administration. La constitution des tribus restait intacte, un prince de chaque tribu, Nassi Beth Av, présidait le conseil tribal des anciens, et la représentait auprès du roi. Chaque tribu devait contribuer un nombre de soldats en cas de guerre, sous le commandement d'un officier, "sopher", qui enregistrait les recrus, cette armée était sous les ordres de Joab qui prit le titre de Sar ha Tsava. Une seconde armée, de mercenaires, provenant surtout des territoires occupés fut placée sous le commandement de Benayahu. Le roi administrait lui-même la Justice à Jérusalem : l'appui du sacerdoce en la personne de deux grands prêtres, Abiathar et Zaddok, et du prophète Nathan lui était assuré. Après vingt ans de règne, David dut lutter contre ses voisins d'outre Jourdain, les Ammonites et les Moabites, et contre le royaume Araméen de Damas. Les Moabites avaient profité de l'attaque des Ammonites et des Araméens pour entrer dans le territoire de Reuben. Ils furent vaincus et massacrés. Damas et Rabath-Ammon furent occupées. Plus au sud les Amalécites furent anéantis et les Edomites forcés à se soumettre. En dehors des Amalécites qui furent astreints à la corvée, pour fournir la main d'oeuvre nécessaire aux travaux édilitaires du roi, les autres peuples étrangers soumis, trouvèrent facilement le moyen de s'intégrer dans l'administration ou bien dans le corps des mercenaires. David avait été proclamé roi d'Israël de Dan à Beersheba, vingt ans plus tard son empire s'étendait de l'Euphrate à El-Arish : de Gaza à Elath et Ezion-Gever sur la Mer Rouge. Les dernières années du règne de David furent troublées par des luttes de famille qui menèrent le pays à la guerre civile. Son fils aîné Amnon fut assassiné par son frère cadet Absalom, qui se réfugia hors du pays dans la ville cananéenne de Gesher. Son père le pardonna deux ans plus tard, sur l'intervention de Joab : Absalom retourna à la cour mais ne cessa pas de conspirer. S'appuyant sur les mécontents de Benjamin et d'Ephraim, Absalom se fit proclamer roi et reçu les représentants de plusieurs des tribus à Hébron. Désireux d'épargner Jérusalem, David se retira à Mahanaim en Trans-Jordanie. Absalom traversa le Jourdain avec son armée. Une bataille s'ensuivit dans la forêt de Rephaim où Absalom fut tué par Joab. Le pays se soumit de nouveau à David, qui rentra à Jérusalem. Une seconde révolte organisée par Sheba ben Bicri de la tribu de Benjamin fut rapidement réprimée. Peu de temps avant la mort de David, son troisième fils Adonijah, avec l'appui cette fois de Joab et d'Abiathar voulut se faire proclamer roi. Nathan le prophète et Bath-Shéba, mère de Salomon, allèrent porter la nouvelle à David qui fit oindre Salomon roi de son vivant. David mourut en 973 après quarante ans de règne, en établissant une dynastie qui devait régner pendant quatre siècles à Jérusalem, et fut enterré au Mont Sion. Il laissait un empire à son successeur, et devint pour le peuple d'Israël un des symboles de sa foi éternelle. L'archéologie nous a fourni l'explication de ce qui est probablement une des raisons de l'accroissement de la puissance militaire d'Israël à l'époque de David. C'est le passage de l'âge de bronze à l'âge du fer. Tandis que les fouilles à Ghivat Shaul n'ont permis de découvrir que des ustensiles et des armes en bois et en bronze, dans les forteresses de David on a trouvé des armes en fer.

SALOMON ( 973 – 933 ) Salomon était à peine âgé de vingt ans quand il monta sur le trône. Son père lui avait laissé les affaires d'Etat dans un ordre parfait, et il n'eut aucune difficulté à gouverner. Sur son lit de mort David avait conseillé à son fils de se défaire de Joab et de Shimei ben Gera, le Benjaminite qui l'avait fait lapider lors de son passage par le territoire de Benjamin, au moment où il fuyait Absalom. Après son accession au trône Salomon fit tuer son frère Adonijah qui avait demandé l'autorisation d'épouser Abishag, veuve de David et qui pourrait briguer le trône, ainsi que Joab et Shimei ben Gera. Quant au grand prêtre Abiathar, il fut banni dans ses terres d'Anatoth et remplacé par le grand prêtre Zaddok, dont les descendants occupèrent la fonction pendant six siècles. Par ces trois exécutions Salomon raffermit son trône, ayant éliminé un prétendant dangereux, un chef militaire de grande popularité ainsi qu'un fauteur de troubles dans les tribus du Nord. David avait été un grand chef de guerre, Salomon prit toutes ses précautions pour fortifier l'armée, mais son règne fut un règne de paix. Le peuple d'Israël vécut tranquille comme dit la Bible : "chacun dans sa vigne et sous son figuier". Salomon exploita à fond les ressources du royaume. Il entreprit de grands travaux à Megiddo et à Hazer, dans le but de rendre plus sûre la route des caravanes reliant l'Egypte à la Mésopotamie. Les ports d'Eilath et d'Ezion-Geber sur la Mer Rouge ainsi que les chantiers d'Ezion-Geber fut construits en collaboration avec Hiram roi de Tyr, et par ces ports Salomon s'assura un commerce fructueux avec l'Inde et l'Est africain. Les fouilles archéologiques de Nelson Glueck durant les vingt dernières années ont clairement confirmé les allégations bibliques au sujet de ces deux ports. Salomon s'allia à l'Egypte en épousant la fille du Pharaon, et reçu comme cadeau la ville de Gezer, dernière cité canaanite au Sud du royaume. Grâce à cette alliance les chevaux et les chars furent introduits dans l'armée. Dans le Nord par contre il eût des difficultés avec le royaume de Damas, qu'il ne réussit pas à surmonter : il n'arriva pas à imposer un gouverneur israélite à Damas comme l'avait fait son père David. Désireux de renforcer l'union entre les tribus, Salomon modifia le système administratif et divisa le pays en douze régions, chacune sous un gouverneur royal : chacune de ces régions devait fournir au pays les provisions nécessaires pour un mois. Sous David les populations non israélites soumises, sauf les Ammonites, avaient vécu en paix : Salomon soumit toute la population cananéenne, hittite ou jébusite à la corvée. Ceci probablement parce que les grands travaux édilitaires à travers le pays nécessitaient une main d'oeuvre bon marché. Plus tard les tribus durent, elles aussi, contribuer à la corvée par un contingent d'hommes. Le développement du commerce rendit les contacts entre Israël et le reste du Moyen Orient beaucoup plus faciles : Salomon aima s'entourer d'étrangers, surtout de constructeurs et de commerçants phéniciens desquels les Israélites eurent beaucoup à apprendre. Grâce à eux et aussi à ses nombreuses femmes, Salomon eut des contacts avec la culture du monde antique. Sa sagesse est devenue proverbiale, et deux livres de la Bible, les Proverbes ainsi que le Cantique des Cantiques lui sont attribués. La justice était rendue à la cour, par Salomon lui-même de la manière la plus impartiale. Tout comme son père, Salomon était profondément religieux et lié au sacerdoce ainsi qu'à la tribu de Lévi. David avait donné un statut religieux à Jérusalem en ramenant l'Arche de l'Alliance, symbole du pacte entre Dieu et les tribus d'Israël. Il avait acheté aux Jébusites le Mont Moriah, dans le but d'y construire une demeure permanente pour celle-ci. Ce projet fut réalisé par Salomon. L'édifice construit en forme rectangulaire était imposant, le travail fut exécuté sous la surveillance d'Adoniram maître des corvées, les matériaux, le bois de cèdre et l'or furent fournis par Hiram roi de Tyr, et des contremaîtres phéniciens surveillaient les travaux. Comme paiement Hiram reçut vingt villes frontalières du territoire d'Asher, des phéniciens s'établirent dans cette région qui prit le nom de "Galil Hagoyim" – région des nations – qui devait prendre plus tard le nom de Galilée. Les murs du Temple étaient en pierre, recouverte de bois de cèdre et de sculptures en or, et l'édifice divisé en deux. Dans la première partie se trouvait une table en or sur laquelle étaient disposés douze pains, symboles des tribus et éclairés par dix chandeliers en or. La seconde partie qui devait abriter l'Arche de l'Alliance était le Saint des Saints. Les prêtres seuls étaient autorisés à pénétrer dans la première partie qui s'appelait "Hechal", séparé du Saint des Saints par une porte en bois, par laquelle seulement une fois par ans, le jour de Kippour, le Grand Prêtre entrait prier, pour solliciter le pardon pour lui, pour sa famille et pour tout le peuple d'Israël. C'était la seule fois où il avait le droit de prononcer le nom de Dieu. Une grande cour se trouvait au devant de cette bâtisse avec un autel où étaient offerts les sacrifices. C'est dans cette cour que s'assemblait le peuple pour prier. Le jour où l'Arche fut installée dans le Temple, les Tables de la Loi furent découvertes afin que tout le peuple puisse les voir. Devenue la demeure du Dieu d'Israël, le Temple devint le centre de la tradition et de l'union nationale. Le sacerdoce fut réorganisé, le Grand Prêtre étant assisté par une hiérarchie de prêtres : les Lévites eurent à accomplir des travaux déterminés, eux aussi furent divisés en catégories. Autour du Temple, Salomon fit construire, sur les trois côtés des bâtiments auxiliaires destinés à abriter les ustensiles sacrés, et les offrandes, ainsi que toute la richesse du Temple. Salomon se fit construire un palais, ainsi que des demeures pour ses femmes et un palais de Justice. Jérusalem prit une allure imposante. La puissance même de l'Etat, l'alliance avec l'Egypte et le commerce avec les Indes et l'Afrique rendirent l'économie très prospère, mais la splendeur du règne fut excessivement coûteuse, de fortes taxes furent imposées, celles-ci et la corvée causèrent le mécontentement dans les tribus du Nord, surtout dans la puissante tribu d'Ephraim. Jéroboam ben Nebath, Ephraimite, chef de corvée de Salomon pour la tribu de Joseph, encouragé par le prophète Achijah tenta de soulever le Nord, contre l'autorité du roi. Salomon donna l'ordre de l'arrêter, mais il s'enfuit en Egypte. Durant les dernières années du règne de Salomon, les Edomites se révoltèrent et harcelèrent les caravanes dans le Sud. Au Nord le royaume de Damas devint totalement indépendant. Salomon mourut en 933 et fut enterré au Mont Sion, dans le mausolée des rois : son fils Réhoboam lui succéda. Son règne avait élevé Israël au-dessus des nations voisines et lui avait donné une auréole de grandeur, qui disparut avec la mort du grand roi.

LE ROYAUME DU NORD ( 933 – 722 ) Lorsqu'il apprit la mort de Salomon, Jéroboam retourna à Shehem, où il réunit les chefs des tribus du Nord. Au lieu de faire acte de soumission au nouveau roi Réhoboam à Jérusalem, ils l'invitèrent à Shehem où Jéroboam lui demanda d'alléger les charges que Salomon leur avait imposées. Les conseillés de Salomon étaient partisans d'une politique d'apaisement, mais les jeunes gens qui entouraient le roi lui suggérèrent de ne pas céder. Sur la réponse dure du roi, les tribus du Nord se soulevèrent, Réhoboam dût s'enfuir en toute hâte et le maître de la corvée Adoniram fût tué à coups de pierres. Jéroboam fut proclamé roi à Shehem. Son royaume comprenait le territoire des dix tribus, en comptant la tribu de Manasseh à l'est et à l'ouest du Jourdain comme deux tribus. Le royaume du Nord fut connu aussi sous le nom de royaume d'Israël ou royaume de Samarie. De l'ancienne confédération du Nord, seule la tribu de Benjamin resta fidèle à la maison de David. Le royaume du Sud, qui comprenait les territoires de Juda, Siméon et Benjamin prit le nom de royaume de Juda. Dix-neuf rois, et plusieurs dynasties régnèrent sur le royaume du Nord pendant ses deux siècles d'existence. La tribu d'Ephraim qui avait crée l'union nationale sous Josué, venait de la défaire. Jaloux de l'emprise religieuse que Jérusalem avait sur le peuple, Jéroboam érigea deux sanctuaires aux deux extrémités de son royaume, l'un à Dan et l'autre à Bethel, un veau d'or fut placé dans chacune d'eux, et le peuple retourna vers l'idolâtrie cananéenne. Avec la perte de son identité religieuse le royaume du Nord, perdit aussi son identité nationale en ressemblant de plus en plus aux peuples voisins. Réhoboam voulut réprimer la sécession du Nord et s'allia au roi de Damas, et Jéroboam pour se défendre conclut une alliance avec l'Egypte. La guerre entre les deux états frères se prolongea après la mort de Réhoboam et de Jéroboam. Abijah roi de Juda continua la politique de son père, et s'allia aux philistins contre le roi du Nord, Nadab. Ce dernier fut assassiné par un de ses généraux Baasha qui se proclama roi après avoir fait tuer toute la descendance de Jéroboam. Cette seconde dynastie ne régna pas sur le Nord beaucoup plus que celle de Jéroboam. Elah qui avait succédé à son père Baasha fut assassiné par un officier du nom de Zimri qui occupa le trône. A son tour Zimri fut renversé et remplacé par Omri qui fonda une dynastie qui régna pendant quarante-trois ans sur le Nord. Capable et prévoyant Omri vainquit les Moabites et les Philistins, s'allia aux Phéniciens, pour contrecarrer la puissance du royaume de Damas, et maria son fils Achav à Jézabel fille du roi de Tyr. Omri se fit construire une nouvelle capitale, Samarie, à dix kilomètres de Shehem. Son fils Achav embellit la ville de Samarie, et pour être agréable à sa femme Jézabel et à sa suite, il fit construire un temple cananéen où on adorait Baal et Astarte. Le roi et la reine entraînèrent le peuple à l'idolâtrie et la justice fût corrompue. C'est sous le règne d'Achav qu'apparut le prophète Elie. Des enthousiastes religieux se groupaient en bandes, sous l'autorité d'un maître ou supérieur, qui leur servait de guide spirituel. Menant une vie d'abstinence, couchant dans des cavernes, ces bandes parcouraient le pays exprimant le dégoût pour l'idolâtrie et décidés de faire retourner le peuple à l'ancienne religion. Elie était né en Trans-Jordanie, où il avait réuni ses premiers adeptes. Il arriva en Samarie et prêcha ouvertement contre le roi et la reine qui entraînaient le peuple vers la religion des cananéens : il demandait le retour à la loi mosaïque, idéal auquel il dédia sa vie. La vie d'Elie et de ses disciples était pleine de dangers, les soldats du roi, ayant l'ordre de les tuer à vue. Elie comptait un allié à la cour en la personne du ministre Ovadiah, qui l'aida à se cacher dans une cave sur le Mont Carmel pour fuir les poursuites de l'armée royale. Lors d'une fête païenne organisée par les prêtres de Baal sur cette montagne, Elie exhorta la foule à les massacrer, et leurs cadavres furent jetés dans le Kishon. Poursuivi par la colère de Jézabel, il s'enfuit dans le désert du Mont Horeb. Il comprit que le culte de Baal ne pouvait disparaître que par la force et avec la destruction de la dynastie d'Omri. Il prépara son disciple Elisée (Elisha) dans ce but. Elie disparut soudain, comme il était venu, ses disciples racontèrent qu'ils avaient vu un char de feu l'emporter au ciel. Sous le règne d'Achav, il y eût une grande amélioration des relations entre les royaumes du Sud et du Nord. La fille d'Achav et de Jézabel, Athalie épousa Jéhoram héritier du trône de Juda. Achav mourut en assiégeant la ville de Ramoth-Gilead qu'il voulait reprendre au royaume de Damas, son fils Ahaziah ne régna que deux ans et ce fût son frère Jéhoram qui monta sur le trône. Elisée intensifia sa lutte contre la dynastie d'Omri. La mort d'Achav avait encouragé les Moabites à se révolter : il le firent sous leur roi Mesha. La stèle moabite qui se trouve au Musée du Louvre commémore la victoire de Mesha. Elisée profita de ceci et d'un changement de dynastie à Damas. Jéhoram roi d'Israël et son neveu et allié Ahaziah roi de Juda avaient attaqué Ramoth-Gilead, Jéhoram fut légèrement blessé et abandonna la forteresse à un de ses généraux Jéhu. Elisée donna le signal de la révolte en faisant oindre Jéhu, roi, par un de ses disciples. Jéhu se rendit à Jizréel où se trouvait Jéhoram, qu'il tua et Ahaziah roi de Juda fut mortellement blessé. Jézabel fut jetée par la fenêtre de son palais, soixante-dix parents du roi furent mis à mort et Jéhu entra à Samarie. Les adorateurs de Baal furent massacrés et leurs temples détruits. Jéhu fonda une dynastie qui régna pendant un siècle. Les Phéniciens lui ayant retiré leur appui après le meurtre de Jézabel, il s'allia à Salmanazar roi d'Assyrie contre Damas. Les attaques assyriennes ayant échoué, Hazael roi de Damas se tourna contre Jéhu, qui perdit toutes ses terres en Trans-Jordanie. Les autres voisins du royaume de Samarie, les Ammonites, les Moabites, les Edomites et les Philistins commencèrent aussi à faire des incursions en territoire d'Israël. La situation empira sous le règne de Jehoahaz fils de Jéhu : mais sous le règne suivant celui de Jehoash les Assyriens réussirent à subjuguer Damas, et Jehoash reprit les territoires que son grand-père Jéhu avait perdus. Jéroboam II son fils fut un roi très énergique qui porta la guerre en territoire araméen, il récupéra tous les territoires perdus aux Ammonites, aux Moabites et aux Philistins. Son fils Zachariah lui succéda mais ne régna que six mois, il fut assassiné par Shallum et la dynastie de Jéhu cessa de régner. Durant les dernières années du règne de Jéroboam II, Amos de Tehoa en Judée, prophétisait dans le royaume de Samarie. Amos fut le prophète de la colère mais aussi de la justice sociale. Pour lui, en choisissant Israël parmi les nations, Dieu lui avait donné plus de responsabilités qu'aux autres peuples, mais Israël n'ayant pas été à la hauteur de cette mission, le royaume serait détruit. C'est seulement en appliquant les principes de justice et de morale que le peuple obtiendrait la grâce, peut être alors Dieu pardonnerait les débris de la maison de Joseph, et des ruines des royaumes actuels, l'ancien royaume de David se relèverait. Les prêtres de Bethel dénoncèrent Amos au roi, comme traître, et il fût renvoyé dans les territoires de Juda. Amos fût suivi de près par Osée qui était tout aussi précis : il était futile d'imiter l'étranger, l'adoration des idoles et la décadence morale ne pouvaient que mener à la catastrophe et la colère divine serait terrible. Dans le cas où Israël s'engagerait dans le chemin de la justice, de la bonté et de la foi, Dieu dont Israël est le fils, ne pourrait que lui accorder son pardon. Ephraïm devait cesser de se tourner vers l'Assyrie ou l'Egypte, et si l'exil viendrait, il aboutirait alors par une restauration sous un nouveau David. Avec Amos et Osée commence la lignée des prophètes écrivains. Leurs dires ne se transmettaient plus de bouche en bouche, ils étaient écrits. C'est par les livres prophétiques que le peuple d'Israël acquit une morale particulière et un caractère distinct qui lui permirent de survivre après la destruction de l'Etat. Cinq rois se succédèrent à Samarie dans l'intervalle de dix années qui suivirent la mort de Zachariah. Le royaume devint le vassal des Assyriens. Sous le règne de Menahem, qui avait renversé Shallum, les Assyriens prélevèrent un tribut. Pekiah fils de Menahem fut assassiné et remplacé par un officier, Pekah ben Remaliah. Pro égyptien Pekah s'allia avec Damas et les Phéniciens. Le royaume de Juda, ayant refusé de se joindre à cette coalition fut attaqué, et fit appel à l'Assyrie. Les assyriens occupèrent Damas et les territoires du royaume de Samarie en Trans-Jordanie, la population de ces territoires fût déportée en Assyrie. Pekah fût tué à la suite d'une révolte et Osée devint roi à Samarie, il commença par payer un tribut aux assyriens mais continua en secret à conspirer contre eux avec l'Egypte. Salmanasar V attaqua le royaume et assiégea Samarie : trois ans plus tard Sargon son successeur occupa et rasa la ville en 721. Osée fût emprisonné, une grande partie de la population déportée en Assyrie. Des garnisons et des fonctionnaires assyriens furent installés dans le pays. Le royaume de Samarie avait duré deux siècles, dix-neuf rois l'avaient gouverné, et le royaume disparut sans laisser de traces pour devenir une province assyrienne. La population des territoires limitrophes au royaume de Juda s'y réfugia, mais le gros fut déporté en Mésopotamie et en Mèdes pour y disparaître : ceux qui restèrent sur le territoire s'entremêlèrent facilement aux occupants pour former une nouvelle nation, celle des Samaritains. Les dix tribus déportées, devinrent plus tard l'objet de légendes romantiques, et jusqu'à la fin du Moyen-Age, il apparut ci et là des visionnaires qui prétendaient venir de pays lointains et se déclaraient descendants des dix tribus. Le royaume de Samarie détruit, la conscience nationale devait désormais se concentrer dans le royaume de Juda.

LE ROYAUME DE JUDA ( 933 – 586 ) Le royaume de Juda se trouvant loin de la route des caravanes, et loin des royaumes de Damas et d'Assyrie, il n'eût pas à subir autant de guerres que le royaume de Samarie, et la situation intérieure dans le royaume de Juda, sous les descendants de David fût beaucoup plus calme. L'influence de la tribu de Lévi et du Temple de Jérusalem, resta toujours très forte dans le royaume du Sud : c'est autour du Temple que se perpétua l'esprit des tribus d'Israël, c'est là que fût préservée la tradition, à jamais liée à Jérusalem et à la dynastie de David, tradition qui devait avec la naissance du Christianisme être diffusée à travers le monde. Au début de son règne Réhoboam essaya de réprimer la révolte du Nord. Jéroboam appela les Egyptiens à son aide, une armée égyptienne atteignit les portes de Jérusalem, et se retira après avoir reçu un lourd tribut, le trésor du Temple et les ornements en or de celui-ci qui furent remplacés par des ornements de bronze. Les Egyptiens occupèrent Megiddo, et y restèrent un certain temps, comme nous le prouve d'ailleurs une stèle égyptienne découverte à Megiddo. La guerre avec le Nord continua sous le règne d'Abijah son fils et d'Asa son petit-fils. Durant le règne de Salomon, celui-ci avait autorisé ses femmes étrangères à ériger des autels à leurs dieux : cet usage avait continué sous les règnes de Réhoboam et d'Abijah, mais lorsqu'Asa atteint sa majorité il commença par détruire les idoles érigées par sa mère, chassa les prêtresses d'Astarte et brûla leurs temples. Asa continua la guerre avec le Nord, s'alliant à Ben Hadad roi de Damas. Asa pénétra dans le territoire du Nord, rasa la forteresse de Rama et utilisa les matériaux qu'il récupéra pour ériger des fortifications à Giveah et Mizpah en Benjamin. Jérusalem fut entouré de places fortes pour sa défense. Sous son fils Josaphat les relations s'améliorèrent avec le Nord et Jéhoram fils de Josaphat épousa Athalie, fille d'Ahav roi de Samarie et de Jézabel. Avec la paix dans le Nord, Josaphat se concentra sur le Sud, il réaffirma sa souveraineté sur les Edomites, et recommença à organiser ses expéditions commerciales par la Mer Rouge à partir d'Eilath et d'Ezion-Geber. Sous le règne de son fils les Edomites se libérèrent de la tutelle de Juda. Ahaziah fils de Jéhoram, fût blessé mortellement par Jéhu, lors de la révolte de celui-ci contre la maison d'Omri, et mourut à Megiddo. Lorsqu'elle apprit la mort de son fils Ahaziah, Athalie fit tuer tous les princes survivants de la maison de David, seul Joas fils d'Ahaziah, âgé d'un an fût sauvé par sa tante épouse du grand prêtre Jéhoiada et caché dans le Temple. Athalie avait déjà du vivant de son mari Jéhoram introduit le culte de Baal à Jérusalem, comme sa mère Jézabel avait fait à Samarie. Elle s'entoura de phéniciens et gouverna le pays pendant six ans. Le grand prêtre Jéhoiada révéla son secret aux chefs des gardes au bout de ces six ans, et un Samedi, sous la garde de l'armée Joas fût oint roi dans le Temple. Athalie, attirée par le tumulte se rendit au Temple, fût arrêtée et mise à mort dans son palais. Les prêtres de Baal furent massacrés, leurs temples et leurs idoles détruites. Joas commença son règne sous la régence de son oncle Jéhoiada. Le Temple fût restauré et la fonction de grand prêtre élevée à l'égal de celle du roi. Le règne de Joas fût long, mais se termina par l'assassinat de celui-ci, et son fils Amaziah lui succéda. Amaziah soumit à nouveau les Edomites, et encouragé par ce succès attaqua le royaume de Samarie, très probablement dans le but de réunifier à nouveau les deux royaumes. Il fût vaincu et fait prisonnier par Jehoash roi de Samarie, qui entra à Jérusalem, détruisit les fortifications, pilla le trésor du Temple et le palais royal. Amaziah fut remi en liberté en échange contre des otages pris dans les familles nobles. Le peuple de Jérusalem se souleva contre Amaziah qui s'enfuit à Lachish où il fût assassiné, son fils Azariah ou Uzziah lui succéda. Les Edomites profitèrent de l'état affaibli du royaume pour se révolter et regagner leur indépendance avec l'aide de l'Egypte. Azariah après avoir reconstruit les fortifications de Jérusalem et réorganisé l'armée, se tourna contre les Edomites qui furent vaincus. Edom retomba sous la domination du royaume de Juda qui s'étendit de nouveau jusqu'à la Mer Rouge, où la navigation reprit. Comme l'avait fait Salomon il ajouta des chars et des cavaliers à l'armée. C'est durant les dernières années du règne d'Azariah que le prophète Isaïe commença à prêcher à Jérusalem, où il s'entoura de disciples parmi les pauvres et ceux qui souffraient de l'injustice des nobles. Il prêcha le retour à une foi pure grâce à laquelle on arriverait aux temps du Messie, issu de la maison de David, époque d'une paix universelle. Isaïe voyait la mission du peuple d'Israël, comme précurseur et propagateur des idéaux de paix et de justice entre les peuples : ceci il l'exprima dans la phrase suivante : "Car de Sion sortira la loi, et de Jérusalem la parole de l'Eternel". Mais ce n'était pas le peuple d'Israël en entier qui serait l'instrument réalisateur de cette mission, puisqu'il pêchait et n'en était pas digne. Israël serait d'abord détruit, un résidu de justes survivrait, et c'est à travers eux que viendrait le salut. Aucun prophète ne s'exprima dans un langage plus pur qu'Isaïe, qui savait imager ses idées par des exemples vivants. Il reste parmi les grands poètes de la littérature mondiale. Azariah mourut lépreux. Durant les dernières années de son règne, son fils Jotham assura la régence et continua la politique de réorganisation de son père. Ahaz succéda à Jotham son père. Il s'allia aux Assyriens contre le royaume de Samarie, et alla à Damas faire acte de soumission à Tiglat-Phalasar, roi d'Assyrie. Désireux d'imiter les assyriens dans tout, il introduisit les rites assyriens à Jérusalem et obligea ses nobles à les pratiquer. Isaïe s'opposa violemment à cette politique au début, mais voyant venir la fin du royaume du Nord, se rendit compte qu'aussi désagréable que fût le joug assyrien, une révolte ne pourrait qu'entraîner la destruction du royaume de Juda. Ahaz mourut un an après la chute du royaume de Samarie. Son fils Hezekiah qui lui succéda était très diffèrent de son père, il détruisit les idoles, et pour recentraliser le culte à Jérusalem fit fermer les sanctuaires secondaires qui avaient été construits dans le pays. Au point de vue politique, il fut faible et indécis. Malgré les conseils d'Isaïe qui préconisait une neutralité absolue, il cessa de payer son tribut à l'Assyrie, et s'allia à l'Egypte et à Babylone. Sennacherib roi d'Assyrie commença par vaincre les Babyloniens, occupa Sidon, Acco et Ashkelon et pénétra dans le territoire de Juda. Ville après ville furent occupées, Habshakeh, général assyrien entra à Lachish à vingt kilomètres de Jérusalem, et exigea un tribut ainsi que la reddition de la capitale. Jérusalem se prépara pour le siège. Hezekiah avait fait construire des citernes pour que la ville ne manque pas d'eau. La stèle d'une de ces citernes, au Musée d'Istanbul, celle de Shiloam, porte une inscription en hébreu archaïque décrivant ces travaux. Deux bas reliefs assyriens au British Museum illustrent le siège de Lachish. On n'a pas réussi à comprendre pour quelles raisons les assyriens furent obligés à lever le siège de Jérusalem : le fait est que l'armée assyrienne partit du jour au lendemain pour retourner chez elle sans livrer bataille. Hezekiah régna encore quinze années, qui furent des années de prospérité pour le royaume. Sous le règne de son fils Manasseh, toutes les réformes d'Hezekiah furent abolies : les cultes idolâtres des cananéens, des babyloniens et des assyriens furent réintroduits, la prostitution rituelle se pratiqua dans l'enceinte même du Temple, d'où furent chassés les prêtres de la maison de Zaddok. La loi de Moïse fut mise à l'écart et les textes de la Torah confisqués ou détruits. Manasseh se rendit à Ninive payer un tribut, fût retenu prisonnier et conduit à Babylone où il resta plusieurs années avant d'être renvoyé à Jérusalem. Son fils Amon qui lui succéda eût une conduite similaire. Une partie d'opposition s'organisa sous l'égide du sacerdoce : les prophètes Nahum et Zephaniah prêchèrent dans le royaume de Juda contre l'idolâtrie et les mœurs dissolues. Amon fut assassiné après un règne de deux ans et son fils Josiah âgé de huit ans le succéda. C'est après avoir atteint l'âge de dix-huit ans que Josiah commença à prêter l'oreille à l'opposition. Le Temple était dans un état d'abandon et nécessitait de grandes réparations. Josiah donna ordre au grand prêtre Hilkiah et à son scribe Shaphan d'entreprendre cette restauration. Lors des travaux on trouva un livre de la loi, que Shaphan prit et lut au roi, qui fût profondément impressionné. Josiah convoqua les représentants du peuple, du sacerdoce et des prophètes à Jérusalem et leur fit lire la loi : puis dans le Temple Josiah promulgua à nouveau la loi de Moïse, unique loi du pays. Les autels et les temples idolâtres furent détruits. L'influence de Josiah devait être très forte car même dans les territoires du Nord, occupés par les assyriens le temple de Bethel fut démoli. La Pâque fût célébrée en masse dans le Temple purifié suivant les prescriptions religieuses. Aucun roi de Juda n'avait appliqué la religion avec autant de zèle que Josiah, et sous son règne la justice fût rendue suivant le code mosaïque. En matière de politique Josiah fût un roi courageux : il profita des attaques des Mèdes et des Babyloniens contre l'Assyrie pour s'annexer des territoires dans l'ancien royaume de Samarie. Le Pharaon Necho voulut traverser le territoire de Juda pour aider les assyriens. Josiah tenta de l'arrêter à Megiddo, l'armée de Juda fut vaincue et Josiah fut ramené mortellement blessé à Jérusalem. Vers la fin du règne de Josiah, un grand prophète fit entendre sa voix à nouveau. Jérémie était un prêtre de la famille d'Abiathar, né à Anatoth où sa famille avait été exilée par Salomon. Orateur franc et courageux, il ne trouvait pas dans la restauration du culte dans le Temple, dans les sacrifices qui y étaient offerts et dans le conformisme religieux, un retour à Dieu. Il demandait une purification sincère. Le Temple pouvait être détruit, comme il était advenu du sanctuaire de Shiloh, mais avec le respect de la justice et de la parole de Dieu, même après une pareille catastrophe le salut viendrait et des débris d'Israël et de Juda seraient à nouveau réunis. Josiah avait trois fils, Eliakim, Shallum et Mataniah. Les anciens nommèrent Shallum roi. Il monta sur le trône sous le nom de Jehoahaz mais ne régna que trois mois. Convoqué au quartier général assyro-égyptien à Riblah il fût déporté en Egypte où il mourut. Il fut remplacé par son frère aîné Eliakim qui prit le nom de Jehoiakim, qui dût payer un fort tribut à l‘Egypte. Les Mèdes et les Babyloniens vainquirent la coalition assyro-égyptienne à Karkemish, le Pharaon Necho rentra en Egypte et le dernier roi d'Assyrie, Sardanapale, préféra se faire brûler vif dans la citadelle de Ninive, plutôt que de se rendre à ses ennemis qui se partagèrent son empire. Nabuchodonosor, empereur de Babylone, commença son règne par la soumission des états limitrophes à son nouvel empire, et pénétra dans le territoire de Juda. Les opinions étaient divisées dans le royaume de Juda, une partie du peuple, dont Jérémie, était pour le maintient d'une politique de soumission à Babylone, une autre partie de la population voulait s'allier à l'Egypte contre Nabuchodonosor. Jehoïakim commença par se soumettre et paya un tribut aux Babyloniens. Trois ans plus tard malgré les instances de Jérémie il céda aux pro-égyptiens et refusa de payer son tribut. Les territoires de Juda furent envahis et Jehoïakim mourut pendant la période de désordre qui s'ensuivit. Il fût succédé par son fils Jehoïachin. Entre-temps une armée babylonienne entra dans le royaume et mit le siège à Jérusalem. Jehoïachin se rendit et fût déporté à Babylone avec sa mère et toute sa famille. Nabuchodonosor fit déporter aussi une grande partie de la noblesse, des guerriers, ainsi qu'un millier d'artisans spécialisés dans les travaux de fortification et dans la fabrication d'armes (597 AC). Mataniah, qui prit le nom de Zedekiah, troisième fils de Josiah fût le dernier roi à monter sur le trône de David. Nabuchodonosor, le lia par un serment de fidélité. Le territoire de Juda, servait de tampon entre son empire et l'Egypte, et avec la déportation des nobles et des chefs militaires, Nabuchodonosor considérait l'avoir neutralisé. Des pressions venant de tous les côtés influençaient Zedekiah contre Babylone. D'un côté l'Egypte lui promettait tout son appui ; Edom, Moab, Ammon, Sidon et Tyr voulait faire une coalition contre Nabuchodonosor de l'autre. Un troisième courant était encouragé par les nobles exilés à Babylone désireux de rentrer à Jérusalem. Jérémie par contre voyait clair il s'adressa aux exilés à Babylone en les enjoignant de se construire des maisons, de cultiver la terre et de ne pas se faire d'illusions au sujet d'un prompt retour. Il fit l'impossible pour empêcher Zedekiah de commettre une erreur fatale, mais fût emprisonné. Le roi finit par céder au partie pro-égyptien et cessa de payer son tribut à Nabuchodonosor. Au début de l'hiver de l'an 587 les babyloniens entrèrent dans le royaume de Juda et mirent le siège à Jérusalem. Une armée égyptienne s'étant approchée de la ville, il l'entourèrent d'un mur pour l'isoler et se retirèrent temporairement. Jérémie ayant essayé de quitter Jérusalem pour se rendre à Anatoth, fût arrêté comme déserteur. Zedekiah eût une entrevue avec lui, durant laquelle Jérémie essaya en vain de le persuader de se rendre aux babyloniens. Le 10 Teveth 586 les Babyloniens encerclèrent Jérusalem, six mois plus tard le 17 Tammuz ils réussirent à ouvrir une brèche dans les murs de la ville. Zedekiah tenta de s'enfuir avec une partie de son armée et ses fils, mais fût rattrapé près du Jourdain par la cavalerie chaldéenne et conduit devant Nabuchodonosor à Riblah. Là, ses fils furent exécutés devant lui, après quoi, il fût aveuglé et conduit enchaîné à Babylone. Les Babyloniens pillèrent la ville de Jérusalem et massacrèrent la population : le 9 Av après avoir envoyé tous les trésors du Temple à Babylone, le général Nabuchodonosor donna ordre de brûler l'édifice. Les murs de Jérusalem furent rasés, et une grande partie des survivants déportés à Babylone. Ces trois dates sont commémorées depuis par des jours de jeûne. Le jour même de la destruction de Jérusalem, Nabuchodonosor commença à chercher des gens capables de gouverner la Judée occupée. Guedaliah ben Ahikam, noble, parent de la famille royale, fût nommé gouverneur, avec son siège à Mizpah. Nabuchodonosor fit libérer Jérémie qui reçut l'ordre de rejoindre Guedaliah, qui gouverna pendant quatre ans. Les officiers et soldats de Zedekiah qui avaient échappé à la catastrophe se réfugièrent en Egypte ou bien en territoire Ammonite. Le prince Ischmaël ben Nathaniah se trouvait à la tête des réfugiés dans les territoires voisins d'Ammon. Il arriva à Mizpah avec quelques compagnons et fût invité à un banquet par Guedaliah. Durant le banquet Ischmaël fit assassiner Guedaliah ainsi que les officiers chaldéens qui s'y trouvaient et prit la fuite. La date de ce meurtre, le 3 Tichri est aussi commémorée par un jeûne encore de nos jours. Craignant les représailles de Nabuchodonosor, un grand nombre de personnages de l'entourage de Guedaliah, dont Jérémie, émigrèrent en Egypte, où depuis le règne de Salomon, il y avait déjà une importante communauté juive, formée de commerçants. Les représailles ne tardèrent pas à venir, et une nouvelle vague de déportation vers Babylone s'ensuivit. Mille ans après l'Exode, et cinq siècles après David, le pays était occupé par les Babyloniens. Les Philistins, les Idoméens et les Moabites essayaient d'agrandir leurs territoires à ses dépens. Jérusalem était un amas de ruines et la montagne du Temple déserte.

L'EXIL BABYLONIEN ( 597 – 538 ) L'épine dorsale de la nation, le roi en tête avait été déporté à Babylone, dans les trois vagues de déportation en 597, en 587 et en 583, mais une grande partie du peuple, les ouvriers et la classe la plus pauvre resta en Judée devenue province babylonienne. A Babylone les Juifs s'établirent en groupes compacts, menant une vie de famille et jouissant d'une certaine liberté. Ils fondèrent des quartiers : un centre habité par les juifs près de Nippur, portait le nom de Tel-Aviv. Ils profitèrent de la prospérité de l'Etat Babylonien et réussirent dans le domaine des affaires. Lors des fouilles à Babylone, on a trouvé des tablettes d'argile qui constituaient les archives d'une banque juive, Menashu et Fils. Cet établissement travaillant surtout avec des juifs, les archives constituées par des contrats et des actes de vente nous donnent un aperçu assez clair de la situation des exilés. Le Temple n'existant plus les juifs se réunissaient dans des maisons de prières, où aux heures des sacrifices on priait trois fois par jour le visage tourné vers Jérusalem, et de Sabbat en Sabbat, pour lire la loi de Moïse et se souvenir de la patrie perdue. Il est probable que des exilés du royaume de Samarie se joignirent à ceux de Juda lors du séjour à Babylone. Une littérature très riche contribua à tenir vivante la flamme de la foi durant l'exil babylonien. Un de ceux-ci, le livre des Lamentations, décrivait la ruine de Jérusalem par un témoin oculaire. Les écrits des prophètes de l'exil babylonien, Ezekiel et le second Isaïe préparèrent aussi les exilés au retour à Sion, et à la restauration de la souveraineté juive, sur la terre ancestrale. Ezekiel était un visionnaire, et fût le fondateur de la littérature prophétique apocalyptique. Cohen de la famille de Zaddok, il fût pour ses contemporains le prophète de l'espoir. Nabuchodonosor avait été un instrument pour purifier le peuple, l'Egypte et les autres peuples voisins devaient disparaître, mais la résurrection d'Israël, actuellement un squelette dans la tombe, était certaine. Les dispersés retourneraient : "Car dans la montagne sainte, qu'est Sion, c'est seulement là que le Temple sera construit". Le second Isaïe voyait dans l'histoire une suite d'événements se déroulant sous la direction divine. Tout événement avait lieu suivant un plan de Dieu, et Israël était un point cardinal dans ce plan. Les malheurs qui avaient accablé le peuple, l'avaient purifié de ses pêchés, la rédemption était certaine, d'autant plus que la religion juive était universelle et le peuple le missionnaire de Dieu. C'est durant le séjour à Babylone que fut écrit par Baruh ben Neriah, disciple de Jérémie, le premier livre d'histoire juive de la création du monde à la mort de Nabuchodonosor. Celui-ci mourut en 561, son fils Evil Merodach avait des amis parmi les nobles juifs. Lors de son accession au trône, il libéra Jehoïachin qui devint une figure familière à la table du roi, dont il devint aussi l'ami. Il est probable que cet événement ait fait renaître l'espoir d'un retour dans les cœurs des exilés, mais Evil Merodach fût assassiné après deux ans de règne. La situation des déportés continua à s'améliorer, et ils purent utiliser leur influence pour améliorer le sort du peuple resté en Judée, avec lequel les contacts devinrent de plus en plus fréquents. Sous Nabonide qui monta sur le trône en 555, tout espoir de retour fût de nouveau perdu ; Nabonide ne voulant pas se créer de nouvelles perturbations en Judée. Cyrus occupa Babylone et détruisit l'empire babylonien en 539. Un an plus tard un décret signé par Cyrus dans sa capitale à Ecbatane autorisait les exilés de retourner à Jérusalem, pour construire le Temple du Dieu du Ciel. Les trésors que Nabuzaradan avait emportés du Temple leur devait être remis. La Judée restait une province de l'empire des Mèdes et des Perses.

LE RETOUR En 539 AC, Cyrus, roi des Mèdes et des Perses vainquit les armées babyloniennes, entra à Babylone et s'annexa son empire. La Palestine, la Syrie et la Phénicie devinrent une des vingt provinces de son empire, chacune gouvernée par un satrape persan. L'été suivant dans sa capitale Ecbatane, il promulgua un décret autorisant les Juifs à retourner à Jérusalem et à reconstruire le Temple, avec des fonds puisés dans le trésor persan. Le trésor du Temple que Nabuchodonosor avait fait transporter à Babylone et déposer dans le temple de Bel devait être rendu aux Juifs. Au printemps de l'an 537, un convoi de 40 à 50 000 personnes quitta Babylone pour parcourir les mille kilomètres de distance jusqu'à Jérusalem. Le trésor du Temple fût confié au prince Sheshbazzar fils du roi Jehoïachin, qui fut nommé préfet de Judée. Une autre personnalité se trouvait dans le convoi, le grand-prêtre Joshua ben Jehozadak, Cohen de la famille de Zaddok. Ce n'est qu'une petite partie de la population Juive de l'empire qui émigra : ceux qui étaient devenus de grands propriétaires terriens, et les riches, restèrent en général à Babylone et dans d'autres villes du nouvel empire persan : mais ils remirent à Sheshbazzar de fortes sommes d'argent pour contribuer à la reconstruction du pays. Quatre à cinq mois plus tard les exilés arrivèrent sur ce qui avait été le territoire de Juda, qu'ils trouvèrent dans un état de désolation. Les peuples voisins avaient profité de la défaite pour avancer dans le pays, les Edomites se trouvaient dans la région d'Hébron, les Moabites et les Ammonites occupaient des parties importantes de désert de Judée, et les Philistins avaient avancé à l'Ouest. Les nouveaux émigrants ne s'étaient d'ailleurs vus assignés qu'une partie infime de l'ancien royaume, autour de Jérusalem, de Mizpah à Jéricho, s'étendant à Keilah, Beth-Zur et Tehoa dans le Sud. L'exil avait endurci les Juifs, et c'était des hommes d'une nouvelle trempe qui venaient coloniser le pays : influencés par Ezekiel et Isaïe, ils se considéraient comme les instruments d'une mission religieuse, ils avaient conservé leur identité nationale et religieuse, leur attachement à la loi de Moïse et à la tradition historique était plus fort que ce qu'il avait été dans le royaume de Juda. Dans le pays ils retrouvèrent une petite population rurale juive qui se joignit à eux : les émigrants firent valoir leurs droits sur les terres ayant appartenues à leurs familles avant l'exil, et ceux parmi eux qui n'en avaient pas reçurent des terres restées sans propriétaires. La ville de Jérusalem était en ruines, on commença par les déblayer et un autel fût construit dans la cour du Temple pour les sacrifices, qui recommencèrent aux fêtes d'automne. Sheshbazzar posa les fondements pour la reconstruction du Temple. Il semble qu'il mourut peu après et son neveu Zerubavel ben Shealtiel prit sa place. La population samaritaine du Nord, mélange d'anciens habitants israélites du royaume de Samarie, et d'éléments hétéroclites, provenant surtout des troupes assyriennes et de colons venus des provinces de l'ancien empire assyrien, proposa à Zerubavel, de collaborer aux travaux de reconstruction du Temple. Instruits par les prêtres du Temple de Bethel, ils croyaient au Dieu d'Israël, et étaient animés d'un désir sincère d'aider dans cette reconstruction, d'un sanctuaire qu'ils considéraient en quelque sorte comme patrimoine commun. Les nouveaux arrivants, voyaient en eux des descendants d'idolâtres. Zerubavel tint un conseil à la suite duquel il refusa les offres des Samaritains. A partir de ce moment les Samaritains changèrent leur attitude : ils répandirent le bruit que Zerubavel avait des visés d'indépendance, et à la suite d'interventions persanes les travaux de reconstruction furent interrompus, pour reprendre en 519 : les travaux furent terminés en 515 et le Temple inauguré. La nouvelle communauté avait deux têtes, Zerubavel, le prince de la maison de David, et Joshua le grand-prêtre. On ne sait pas clairement ce qui arriva, mais Zerubavel céda ou fût obligé à céder par les Persans, retourna à Babylone et la communauté fût dirigée par le grand-prêtre. La situation économique précaire de la Judée, la rendait tributaire des dons du Judaïsme de Babylone et de Perse. Les contacts réguliers des puissantes communautés de l'empire persan, et surtout de celle de Babylone avec le nouveau centre de Judée étaient d'un intérêt primordial, d'autant plus que lorsque des problèmes d'ordre politique se présentaient, c'était les Juifs de Babylone qui intervenaient à la cour, pour essayer de les régler. En 458 Ezra fût chargé par la communauté de Babylone de se rendre sur les lieux, afin de faire une enquête sur l'état peu satisfaisant des nouvelles colonies en Judée. Ezra était Cohen de la famille de Zaddok, petit-fils du grand-prêtre Seraiah, qui avait été exécuté à Riblah avec les enfants du roi Zedekiah par ordre de Nabuchodonosor. Son père et ses oncles avaient transporté à Babylone les livres de la loi, que leur aïeul Hilkiah avait retrouvé dans le Temple au temps de Josias. Il connaissait la loi à fond. Les anciens textes étaient écrits en caractères hébraiques-phéniciens, angulaires, écriture en usage dans les royaumes de Juda et d'Israël. A Babylone les juifs utilisaient l'écriture hébraique-assyrienne, carrée : caractères utilisés de nos jours. Afin que la loi ne resta pas lettre morte, il transcrivit la Thora en caractères assyriens, employés par les juifs de l'empire babylonien. A Babylone, Ezra avait pratiqué l'enseignement de la Thora, et réussi à imposer son observance aux communautés de l'empire. Ezra quitta Babylone, nanti de pouvoirs par le roi, le rendant responsable des rapports entre la Judée et le gouvernement central. Il accompagnait un groupe d'immigrants de 1800 personnes, comprenant des membres de la maison de David et autres familles nobles, des prêtres et des lévites. Ce groupe était porteur de grandes donations des juifs de l'empire, ainsi que de présents du roi Artaxersus et de membres de la cour persane. A son arrivée à Jérusalem il fût horrifié de voir que les familles les plus en vue, avaient contracté des mariages avec les Samaritains. Ezra craignait que ces mélanges avec les populations non-juives ne détruisent les liens entre le peuple et la loi de Moïse, donnant comme résultat, ce qui était advenu quelques siècles plus tôt dans le royaume du Nord, la perte de l'identité nationale et la dispersion parmi les peuples environnants. Après quatre mois d'enquête, il convoqua une assemblée dans la cour du Temple, et assis par terre, les vêtements taillés en signe de deuil, il lui traça le tableau de la situation qu'il avait trouvée. Un des présents ayant suggéré de répudier les femmes étrangères et leur descendance, Ezra saisit l'occasion et demanda à tous ceux présents de faire de même. Une ordonnance fût promulguée enjoignant tous les habitants de Juda d'agir en conformité avec cette décision. Ezra avait réussi à élever un mur de séparation entre les Juifs et le reste du monde. Au moment même ces dispositions eurent aussi comme résultat l'exclusion de la communauté de tous ceux qui n'étaient pas d'une ascendance juive pure. Ceci fût très mal accueilli par les Samaritains avec lesquels la plupart des mariages mixtes avaient été contractés. Les chefs samaritains Sanballat, sous-satrape de Samarie et Tobiah l'Ammonite, descendant d'Ammonites et de suivants du persan Ishmaïl ben Nethanyah, étaient non seulement apparentés à des familles importantes de Juda, mais se considéraient Juifs. Se voyant exclus de la communauté et donc du Temple, ils assumèrent une attitude de plus en plus hostile à Ezra d'abord et plus tard à toute la communauté. Des troubles s'en suivirent et les Samaritains attaquèrent même Jérusalem. La ville était sans murs de défense et donc très vulnérable. Ezra voulut l'entourer d'une muraille, mais les Samaritains furent tout en leur pouvoir pour l'en empêcher et s'adressèrent au roi de Perse, qui donna ordre de cesser les travaux. Devant cette situation difficile, les Juifs de Babylone demandèrent à Nehemie, noble juif, échanson d'Artaxersus d'intervenir auprès du roi. Nehemie lui demanda l'autorisation de se rendre à Jérusalem. Le roi le nomma gouverneur de Judée, lui donna la permission de construire les murs de Jérusalem, à condition de retourner à Suse, une fois le travail terminé. Nehemie arriva à Jérusalem, en 444 AC, nanti des lettres de créance du roi, l'autorisant à demander l'appui des satrapes persans en cas de difficultés. Après une étude de trois jours il informa les notables de l'autorisation de bâtir des murs autour de la ville et donna ordre de commencer les travaux. Sanballat, Tobiah l'Ammonite et Gesher l'Arabe, l'approchèrent : il ne changea pas la décision d'Ezra, et leur répondit : « Vous n'aurez aucune part, aucun droit et aucun souvenir dans Jérusalem. » Les Samaritains commencèrent à harceler les ouvriers qui furent obligés à continuer leurs travaux armés. Le livre de Nehemie, nous décrit les conditions difficiles dans lesquelles se poursuivirent les travaux de construction, dans un verset des plus explicites : « Les manœuvriers, porteurs de charges faisaient leur besogne d'une main et tenaient l'épée de l'autre, d'autre part les maçons construisaient, ayant chacun son épée attachée aux reins et celui qui sonnait de la trompette était à mes côtés. » Les travaux furent terminés en cinquante-deux jours, Jérusalem était désormais défendable, et un appel fût lancé pour repeupler la ville, par des éléments pouvant prouver leur ascendance juive. Le jour de Rosh Hashanah de l'an 444, Ezra, rassembla le peuple et du haut d'une estrade, à ciel ouvert dans une rue de la ville, leur lût la Thora. Le peuple fût enthousiasmé et demanda à Ezra de continuer cette lecture le lendemain. Toutes les fêtes de Tichri furent observées et la Thora fût lue aussi pendant les huit jours de Succoth. Par ceci Ezra avait ouvert la porte à la séparation entre la Thora et le culte du Temple. A la fin des fêtes, voulant profiter de la ferveur religieuse crée par la célébration de celles-ci, Ezra et Nehemie, convoquèrent une assemblée, qui fût connue sous le nom de Grande Assemblée ou Knesseth Ha-gedolah. La tradition veut qu'elle ait compté cent vingt chefs de famille qui signèrent la résolution de vivre suivant la loi de Moïse et confirmèrent la décision de répudier les femmes étrangères. Nehemie entreprit aussi certaines réformes d'ordre purement social pour protéger les petits fermiers des grands propriétaires terriens et empêcher le cumul des terres entre les mains de ces derniers. L'autorité centrale resta entre les mains des nobles groupés autour de la personne du grand-prêtre. Nehemie rentra à Suse en 432 AC, mais après son départ la réaction eût le dessus. Le grand-prêtre Eliashiv entretenait d'excellentes relations avec les Samaritains, ainsi qu'avec des familles nouvellement exclues de la communauté. Un de ses proches le Cohen Manasseh épousa la fille de Sanballat et Tobiah l'Ammonite retourna à Jérusalem, où on lui assigna une place dans la cour du Temple. Quelques années plus tard lors de la seconde visite de Nehemie à Jérusalem : Manasseh fût renvoyé du Temple. Lui et ses partisans partirent s'installer en Samarie. Le peuple retourna à la stricte observance de la Loi. A Shehem Sanballat fit construire sur le Mont Gerizim (Carte : 5), un Temple devant concurrencer celui de Jérusalem, desservi par des Cohanim authentiques comme Manasseh, connaissant les rites à fond. Les Samaritains se déclarèrent les descendants de Joseph. Leur Thora, diffère légèrement de la notre, ils y ont ajouté un passage, désignant le Mont Gerizim, comme lieu choisi par Dieu pour la construction du Temple. La Samarie dorénavant, ennemie de Juda, devint aussi le lieu de refuge de délinquants de toutes sortes obligés de fuir la Judée. Nehemie retourna à Suse, ayant raffermi la situation des habitants de Judée, et laissant une colonie viable.

LE GOUVERNEMENT DES PRETRES La domination du royaume des Mèdes et des Perses sur la Judée dura environs deux siècles. Un gouverneur persan fût nommé après le départ de Nehemie, prélevant les impôts et assurant le maintien de l'ordre. Sous ces gouverneurs les juifs jouissaient d'une large autonomie, sous la direction des grands prêtres de la famille de Zaddok. Le Temple devint le centre de culte, célébré avec faste et pompe : le Grand-Prêtre officiait habillé de vêtements luxueux et assisté par un grand nombre de prêtres. L'office était accompagné des chants de chœurs de Lévites. La justice était faite suivant la Thora et au point de vue administratif, éducatif et religieux, le grand-prêtre était assisté par un conseil : la Grande Assemblée, qui succéda pour ainsi dire à la Grande Assemblée d'Ezra et de Nehemie. Les "Pirke Avoth" ou "Dires des Pères" recueillis entre le deuxième siècle AC et le deuxième siècle AD nous situent la Grande Assemblée, comme étant l'héritier et la détentrice de la tradition, et nous résument la manière de penser de la Grande Assemblée dans leur premier paragraphe : "Moïse reçut la Thora au Sinaï et la transmit à Josué, Josué la transmit aux Anciens, les Anciens aux Prophètes et les Prophètes aux gens de la Grande Assemblée. Ils dirent choses : "Soyez circonspects dans vos jugements, formez le plus possible d'étudiants et dressez une baie autour de la Thora." Autorité suprême dans le domaine religieux, cette assemblé de soixante-dix membres, constatant que le Temple ne pouvait suffire qu'à Jérusalem institua la synagogue dans le sens actuel du mot, la maison de prière partout où il y avait des juifs, un rituel fût établi comprenant la lecture régulière de la Thora le Samedi et les jours de fêtes, suivi d'une explication des textes en araméen, ainsi que de prières appropriées. Les prières journalières comprenant la récitation de la Shema furent instituées. Les tribunaux siégeant le Lundi et le Jeudi, un court passage de la Thora devait être lu ces deux jours. Cette structure religieuse a survécu jusqu'à nos jours après la destruction du Temple et de l'Etat. Les textes bibliques furent transcrits en caractères assyriens carrés : dont la lecture était plus facile aux juifs de l'empire persan, mais en Judée dans les contacts avec les voisins l'écriture phénicienne angulaire fût conservée. On veilla à ce que les juifs apprirent à lire et à écrire en ouvrant des écoles. Ezra avait commencé le classement des livres bibliques, en divisant la Thora en cinq livres. Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome et en rassemblant les écrits des prophètes, les scribes de la Grande Assemblée rassemblèrent les livres historiques : compilation qui dura environ trois siècles. C'est à cette époque aussi, qu'avec l'influence persane la conception des anges et des démons entra dans la tradition populaire juive.

LA DOMINATION GRECQUE ( 332 – 164 ) En 332 Alexandre le Grand ayant détruit l'empire persan entra en Palestine : il fût reçu aux portes de Jérusalem par une délégation présidée par le Grand-Prêtre qui le conduisit à la cour du Temple où il offrit un sacrifice. Les juifs ne s'étant pas opposés à son armée, il nomma un gouverneur en Palestine auquel il donna ordre de ne rien changer à l'autonomie des Juifs : en apparence la vie continue comme auparavant. En Egypte Alexandre fonda la ville d'Alexandrie qui fût peuplée de Grecs et de Juifs jouissant des mêmes droits. Après sa mort en 323 AC les généraux d'Alexandre ou diadoques, se partagèrent son empire. Seleucus prit la plupart des possessions d'Alexandre en Asie y compris Babylone ; la capitale de son royaume était Antioche. Ptolémée prit l'Egypte, il occupa la Palestine, et pénétra à Jérusalem un Samedi sans rencontrer de résistance, les juifs ne combattant pas le Sabbat. Il emmena un grand nombre de prisonniers juifs à Alexandrie : libérés peu de temps après ils grossirent les rangs de la communauté juive de cette ville. La juridiction du Grand-Prêtre, fût reconnue par les Ptolémées, qui lui donnèrent le titre d'Ethnarque, il devait assurer les impôts à l'Egypte, mais gardait sa liberté en matière d'administration et d'enseignement. Les Ptolémées gardèrent la Palestine pendant plus d'un siècle, mais ils durent soutenir des guerres sanglantes avec leurs voisins les Seleucides d'Antioche, qui finirent par la conquérir en 198 AC. Ces conflits empêchèrent les contacts entre les Juifs de Babylone et la Judée, qui faisaient partie maintenant de deux royaumes ennemis : ceci au détriment des Juifs de Palestine qui avaient jusqu'alors compté sur l'appui de leurs frères de Mésopotamie. Pendant cette période d'isolement un homme ressort parmi les gens de la Grande Assemblée, le Grand-Prêtre Simon le Juste. Il reconstruisit les murailles de Jérusalem, détruites par Ptolémée I, restaura la bâtisse du Temple et construisit de grands dépôts d'eau dans la ville. Il dirigeait lui-même l'enseignement : une de ses pensées nous est rapportée dans les Pirke Avoth, et nous montre l'importance qu'accordait Simon le Juste à l'enseignement : "Le monde juif repose sur trois piliers, sur l'étude de la loi, sur la pratique religieuse et sur la charité." A sa mort il fût succédé par son fils Onias I : le fils et successeur de celui-ci Onias II adhéra au parti qui voulait placer la Palestine sous la domination des Seleucides d'Antioche. Il refusa de payer l'impôt à Alexandrie : Ptolémée III envoya un représentant à Jérusalem pour exiger le paiement : Onias délégua son neveu Joseph ben Tobiah en Egypte pour régler cette question. Ptolémée le chargea de prélever l'impôt lui-même. Cette fonction contribua à l'enrichissement de la puissante famille des Tobiades. Cette famille contribua à l'hellénisation des juifs de Palestine : les Tobiades introduisirent les fêtes de Dionysos dans le pays, ainsi que d'autres coutumes grecques qui furent rapidement acceptées par les classes les plus fortunées, qui s'éloignèrent ainsi de plus en plus des masses. Des gymnases furent ouverts dans différentes parties du pays, où les athlètes paraissaient nus devant le public, ce qui choquait l'élément religieux d'une part et qui finit par donner des complexes aux athlètes juifs gênés de paraître différents des autres à cause de la circoncision. C'est à cette époque que les juifs commencèrent aussi à prendre des noms grecs. Vers l'an 200 AC les Seleucides eurent le dessus sur les Ptolémées et occupèrent la Judée. Ayant eu l'appui des Juifs durant sa campagne en Palestine, Antiochus III confirma leur droits au point de vue religieux et administratif, et exempta des impôts le personnel religieux. Ces droits furent confirmés sous le règne de son successeur Seleucus IV. Un changement radical advint lorsqu'Antiochus IV Epiphane accéda au trône d'Antioche en 175 AC. Le parti hellénisant désireux de faire ressembler les villes de Palestine à des villes grecques, essayant d'introduire les mœurs grecques en Palestine dont le chef était Jeshua frère du grand-prêtre Onias III eut le dessus. Le chef du parti des juifs pieux et traditionalistes, les Hassidims, était Onias. Jeshua prit le nom de Jason et offrit de payer un plus grand tribut au roi si il était nommé grand-prêtre. Antiochus accepta. Plus tard Jason fût remplacé pour les mêmes raisons par Menelas qui n'était même pas Cohen, mais Benjamite. Une fois nommé Menelas confia les vases en or du Temple à son frère qui les emporta à Antiochus. Ceci provoqua une révolte à Jérusalem qui fût réprimée par l'armée royale dans le sang. De retour d'une campagne en Egypte Antiochus Epiphane passa par Jérusalem : Menelas le conduisit au Temple, qu'il spoliât, et comble du sacrilège, le fit entrer dans le Saint des Saints. Antiochus propagea deux histoires à la suite de cette visite : il dit que dans le Saint des Saints il y avait une statue d'un vieillard sur un âne ; la seconde histoire devait avoir des conséquences funestes pour le peuple juif pendant deux mille ans. Il répandit la légende qu'il avait vu dans le Temple des Juifs torturant des Grecs et buvant leur sang. Désireux de détruire le Judaïsme à sa base, il défendit aux Juifs et aux Samaritains, sous peine de mort, la circoncision, l'observance du Sabbat et des fêtes, ainsi que l'abattage rituel et la Kasheruth. Le Temple de Jérusalem fût transformé en Temple de Zeus Olympien et celui du Mont Gerizim (Carte : 4) en Temple de Zeus Xenios. Le 25 Kislev de l'an 167 une statue de Zeus fût érigée dans le Temple, on y sacrifia un porc, le sang duquel fût répandu dans le Saint des Saints, ainsi que sur les rouleaux de la loi. Menelas et d'autres juifs hellénisants prirent part à cette cérémonie. La lumière éternelle fût éteinte. Un régime de terreur s'ensuivit, partout dans le royaume les juifs pratiquants furent traqués. A Antioche une mère et ses sept fils furent tués pour avoir refusé d'abjurer leur foi et de manger du porc. Près de Jérusalem des juifs qui s'étaient cachés dans des cavernes pour observer le Sabbat furent brûlés vifs. Au moment le plus difficile, lorsque le désespoir des juifs atteignait son paroxysme, un sauveur apparut en la personne de Mattatiah ben Johanan.

LES MACCHABEES ( 167 – 135 ) Un vieux Cohen, Mattatiah Ben Johanan Hasmonai, s'était réfugié à Modin (Carte : 6) avec ses cinq fils : Johanan, Simon, Juda, Eliazar et Jonathan plutôt que de voir la desecration(= profanation) journalière de Jérusalem. Il fut rejoint à Modin par quelques autres Hassidim. Un délégué du roi arriva à Modin avec un détachement pour obliger les Juifs à sacrifier un porc à Zeus. Mattatiah refusa : un juif s'étant avancé pour offrir le sacrifice à sa place Mattatiah le tua sur-le-champ. Ses fils tombèrent sur les soldats syriens qu'ils massacrèrent, détruisirent l'autel et allèrent se réfugier dans les montagnes d'Ephraim, où ils furent rejoints par des Hassidim qui ne pouvaient pas supporter de voir l'idolâtrie dans leurs villes. Une guérilla fut organisée, harcelant les troupes surtout dans les passes des montagnes. Mattatiah ayant remarqué que les Grecs attaquaient les juifs de préférence le Samedi, il décréta qu'il était permis pour se défendre, de profaner le Sabbat : cette dispense reconfirmée plus tard a prévalu jusqu'à nos jours. Mattatiah mourut un ans plus tard ; son fils Juda dit Macchabée, prit la tête du mouvement. Apollonius, gouverneur de Samarie voulut réprimer la révolte et attaqua les bandes de Juda le Macchabée, son armée fut défaite et il fut tué. Après cette première grande victoire les juifs vinrent se joindre en grand nombre aux guerriers de Juda Macchabée. Une armée levée par les généraux d'Antiochus, Nicanor et Georgias fut défaite à Emmaus en 166. Les détachements syriens aux alentours de Jérusalem furent chassés et Juda Macchabée entra dans la ville. L'autel de Zeus fut brisé, le Temple purifié et le 25 Kislev 164, trois ans jour pour jour après la profanation du Temple, la lumière éternelle fut rallumée et le Temple restauré au rite Juif. Cet événement est commémoré tous les ans avec l'observation de la fête de Hanuka. Antiochus Epiphane mourut en 163. Lysias devint régent à Antioche et marcha sur Jérusalem. Eliazar, frère de Juda Macchabée, fut tué au combat. Des difficultés à Antioche empêchèrent Lysias de continuer et il arriva à un compromis. Le grand prêtre Menelas fut destitué et mis à mort et remplacé par Eljakim. Les lois anti juives d'Antiochus Epiphane furent abrogées. Lysias mourut assassiné à Antioche et le nouveau roi Demetrius envoya une armée en Judée. Juda Macchabée fut tué et son armée défaite à Birath en 160 AC. Jonathan, son frère prit le commandement, rassembla à l'aide de ses deux frères Johanan et Simon, les restes de l'armée, qu'il réorganisa dans les environs de Jéricho. Johanan fut tué dans une embuscade peu de temps plus tard. Son armée renforcée Jonathan établit son quartier général à Michmash dans la forteresse de Saul. Demetrius se rendant compte qu'une victoire militaire était presque impossible reconnut tacitement Jonathan. Un nouveau prétendant au trône d'Antioche ayant crée des troubles dans le royaume, Demetrius voulut s'assurer la tranquillité en Judée, et donna à Jonathan la possibilité de lever une armée régulière. Jonathan entra à Jérusalem en 152 et fut nommé grand-prêtre. Il manœuvra habilement s'alliant tantôt à Demetrius puis à son rival Alexandre pour agrandir son territoire en s'annexant Lydda, Ehron et le sud de la Samarie. En 143 il fut invité par un général syrien pour des négociations et fut assassiné. Le dernier survivant parmi ses frères lui succéda. Simon occupa la citadelle de Jérusalem, Beth Tzur et Gezer : ainsi que Jaffa qui devint le port de la Palestine juive. En 142 Demetrius II reconnut l'indépendance de la Judée et en 140 Simon fut nommé par la Grande Assemblée Grand Prêtre et Prince à titre héréditaire. La nouvelle dynastie des Hasmonéens commençait à régner. Simon fut le premier chef juif à prendre contact avec le Sénat de Rome. Il pacifia le pays, réduisant une à une les citadelles de l'hellénisme. Simon ainsi que ses deux fils, Mattatiah et Juda, furent assassinés par Ptolémée ben Habub, gendre de Simon, lors d'un banquet qu'il organisa à Jéricho (135 AC). Des cinq frères Maccabées, tous étaient morts de morts violantes, Juda et Eliazar sur le champ de bataille, Johanan, Jonathan et Simon assassinés. Ils étaient entrés dans la vie publique, comme hors la loi dans les collines d'Ephraim, sous l'occupation ennemie, trente années plus tard Jean Hyrcan, fils de Simon gouvernait un état indépendant.

LE JUDAISME D'ALEXANDRIE De nombreux comptoirs commerciaux avaient été ouverts en Egypte par les juifs sous le règne de Salomon. Lors de la destruction du Temple par Nabuchodonosor les débris de l'armée ainsi que de nombreux fuyards y trouvèrent refuge. Sous les derniers Pharaons plusieurs juifs servaient dans l'armée égyptienne. Lorsque la ville d'Alexandrie, fut fondée par Alexandre le Grand, ils s'y établirent et Alexandre leur accorda les mêmes droits qu'aux Grecs. Après les persécutions d'Antiochus Epiphane, leurs rangs furent grossis considérablement par un nouvel afflux de réfugiés venant de Judée, et ils habitaient deux des cinq arrondissements de la ville. La population juive de l'Egypte à l'époque des Ptolémées est estimée à environ un million d'âmes, très probablement supérieure à la population en Judée. Les juifs occupaient des postes importants dans l'armée et dans l'administration et s'adonnaient au commerce, à l'agriculture et à l'artisanat. La communauté d'Alexandrie était le centre du Judaïsme égyptien, dotée de riches synagogues qui servaient en même temps de maisons d'étude. Le Samedi après la lecture de la Torah, ainsi que les jours de fête, des étudiants doués expliquaient en grec à l'assistance les passages qui avaient été lus : cette explication des textes sacrés dans la langue du pays donna naissance plus tard au sermon dans les synagogues, et à travers la synagogue dans les églises chrétiennes. Les juifs d'Egypte parlant de plus en plus le grec sous les Ptolémées, ils demandèrent, au début du troisième siècle AC, par l'entremise du roi, au Grand Prêtre de l'époque, Eliezer, de leur envoyer des linguistes connaissants parfaitement l'hébreu et le grec, afin de traduire la Torah. Soixante-douze savants arrivèrent à Alexandrie et la légende veut, qu'ils aient été enfermés dans des cellules individuelles où chacun d'eux fit une traduction indépendante, et que lorsqu'elles furent comparées, elles furent trouvées identiques. Cette traduction porte le nom de Traduction des Septantes ou Septuaginte – c'est à partir de ce texte que la Bible catholique a été traduite en latin. Le texte fut lu au roi, qui donna ordre d'en conserver un exemplaire dans la bibliothèque d'Alexandrie. Ceci ne fut pas très bien vu en Judée, où les juifs considéraient que c'est uniquement en hébreu que la loi devait être lue, toute traduction pouvant donner lieu à de fausses interprétations des textes sacrés : mais c'est toutefois à travers cette traduction qu'elle fut diffusée dans le monde hellénique et plus tard dans le monde romain. Après la mort du dernier grand-prêtre de la famille de Zaddok, Onias III, son fils Onias IV se réfugia en Egypte. Le roi Ptolémée Philometor le nomma Ethnarque ou Alabarque des Juifs d'Egypte. Onias IV se fit construire un Temple à Leontopolis dans le pays de Goshen, où des Cohanim et des lévites célébraient le même rituel que dans le Temple de Jérusalem. Les juifs d'Egypte considéraient ce Temple comme leur sanctuaire, mais ils vénéraient Jérusalem comme ville sainte, et son Temple comme la demeure de Dieu. Le Temple de Leontopolis resta le centre du Judaïsme égyptien jusqu'à sa fermeture par les Romains, deux siècles et demi plus tard.

LES SECTES C'est avec une vague d'enthousiasme religieux et national, que Mattatiah ben Johanan et ses fils vinrent au pouvoir, avec l'appui des Hassidim et des masses populaires. L'Etat une fois stabilisé, les Hassidim se scindèrent en deux groupes, les Pharisiens et les Esseniens. Après la victoire des Macchabées, un noyau de juifs ultraorthodoxes, sous l'égide des Cohanim, ne voyait dans cette victoire qu'un palliatif temporaire. D'après eux, les persécutions d'Antiochus n'étaient que le châtiment mérité par le peuple pour ses transgressions de la loi de Moïse. Ce que Dieu commandait aux juifs n'était pas la création d'un état avec un chef de guerre à sa tête, mais la formation d'une communauté théocratique, dirigée par un chef et guide spirituel, par un prêtre saint. Lorsque les Macchabées assumèrent la fonction de grand-prêtre et de prince : certains parmi ces Hassidim préférèrent quitter Jérusalem pour la solitude de Qumran près de la Mer Morte, dans l'oasis d'Ein Guédi (Carte : 6). Sous l'égide d'un Maitre, quelques-uns uns de parmi les Cohanim allèrent vivre en communauté religieuse, loin de la vie politique, pour chercher dans la contemplation, la méditation et la prière une union mystique avec Dieu. Le nom de la secte des éssenéens a probablement pour origine le mot "assai" qui signifie "baigneur" en chaldéen. Soucieux de se maintenir dans un état de pureté physique comme aussi spirituelle, ils se baignaient fréquemment dans le Jourdain tout proche : ils n'avaient de contacts avec leurs femmes que pour observer le commandement biblique de procréer : la propriété privée n'existait pas, tout appartenait à la communauté, suivant la diction : "Ce qui est à moi, et ce qui est à toi, t'appartiennent". La maison communautaire, était dirigée par un chef, tous les membres participaient au travail journalier, tout en consacrant de longues heures à l'étude et à la prière, prenant leurs repas en commun. Une hiérarchie existait dans l'organisation, où les Cohanim avaient la préséance. Leur exil volontaire prendrait fin lorsque Dieu ferait commencer son règne, et c'est alors que le Maitre officierait dans le Temple, comme Grand-Prêtre d'Israël. Croyant aux anges et aux démons, ainsi qu'aux visions apocalyptiques, se tenant à l'écart de la vie nationale et de la politique, ils inspiraient au peuple un mélange de respect pour leur mode de vie et de crainte de leurs pouvoirs surnaturels. Le nom "Pharisien" en hébreu "Perushim" provient du mot "perush" ou "commentaire". Ils considéraient que la loi écrite de la Torah était complétée par la loi orale transmise par les générations. Ils soutenaient aussi que les interprétations et décisions des maitres reconnus, sur des points restés obscurs ou qui n'avaient pas été prévus dans la Torah de Moïse, avaient force de la loi. La Bible avait été définie par les gens de la Grande Assemblée : la dernière addition faite à l'époque des Macchabées, étant le Livre de Daniel. Désormais aucun livre ne pouvait lui être ajouté ou retranché, mais suivant l'avis des Pharisiens, l'interprétation biblique était indispensable pour adapter la loi à des cas particuliers, ainsi qu'aux changements des nécessités et des conditions de vie. Les Pharisiens considéraient que le peuple juif étant le peuple de Dieu, devait être séparé de tous les autres peuples. Ses lois devaient être uniquement tirées de la Torah, et c'est en se basant sur celle-ci qu'il fallait créer des règlements toujours plus sévères pour empêcher le mélange de la nation avec les peuples étrangers. Au point de vue moral, ils centraient leur enseignement sur l'amour de Dieu et l'amour du prochain. L'homme étant libre de faire le bien ou le mal, il était essentiel de l'éduquer pour faire le bien dans ce monde. Ils croyaient en l'immortalité de l'âme et à la résurrection, et ne reconnaissaient comme royaume que le royaume de Dieu, à venir dans l'ère messianique, royaume du bien où les justes s'assuraient une place déjà de leur vivant. Le Kaddish qui remonte aux débuts de l'époque pharisienne, résume cette doctrine dans ses premières phrases. "Que soit grandi et sanctifié le Nom du Maitre, dans le monde, qu'il a crée selon sa volonté : et qu'il fasse régner son règne, et que la rédemption survienne, et que le Messie se rapproche, de votre vivant et de vos jours et du vivant de toute la maison d'Israël, et dans un temps proche". C'est dans les synagogues que les Pharisiens prodiguaient leur enseignement au peuple, les poussant au rapprochement avec Dieu, père mais juge sévère, dont les châtiments étaient comme ceux d'un père à ses enfants, pour leur enseigner la conduite la plus juste. L'enseignement des Pharisiens s'adressa aux masses, auxquelles, ils rendirent la Torah plus accessible par leurs explications et les maitres ou les rabbins pharisiens étaient respectés et vénérés par les classes moyennes et les masses populaires. Les Sadducéens, par contre, s'appuyaient sur l'aristocratie, les chefs militaires, les riches et les familles associées au sacerdoce et au service du Temple de l'époque pré-hasmonéene, auxquels s'étaient joints aussi un grand nombre d'anciens pro-hellénisants repentis. Le nom de cette secte a pour origine le nom "Zaddok", nom de la famille de plusieurs générations de Grand-Prêtres depuis le règne de Salomon. Les Sadducéens plaçaient les intérêts politiques et nationaux, au-dessus de la pratique de la loi : ils désiraient que l'Etat ait une armée forte et pratique une politique d'expansion s'assurant des frontières sûres car pour eux l'observation des lois religieuses et la protection divine ne constituaient pas une garantie suffisante pour l'indépendance de la nation : ce n'était pas les scrupules religieux, mais la sécurité de l'Etat qui devait guider les alliances politiques. En matière de religion, ils étaient conservateurs, réfutant les innovations, adhèrent strictement à la loi écrite et au Culte du Temple. Ils accordaient une importance très relative aux interprétations et à la loi orale. Ils insistaient sur l'application à la lettre de la loi de Moïse en matière de jugement, ce qui leur valut la réputation d'être des juges durs et cruels et ceci était un point qui les opposait aux Pharisiens. Avec ceux-ci ils avaient aussi de grandes controverses en ce qui concernait le rituel du Temple : comme par exemple le jour de la fête de Shavuoth, et certains points du rituel de Kippour et de Succoth. Tout en ne niant pas l'immortalité de l'âme, les Sadducéens doutaient du jugement après la mort. On peut dire que tandis que les Sadducéens plaçaient l'Etat au-dessus de tout, les Pharisiens subordonnaient l'Etat au peuple. Au début les Macchabées, issus de la secte des Hassidim, collaborèrent étroitement avec les chefs Pharisiens, qui dirigèrent la vie de la nation et l'Etat jusqu'au règne de Jean Hyrcan.

LA DYNASTIE HASMONEENE ( 135 – 37 AC ) Après quatre siècles et demi d'occupation babylonienne, persane et grecque, la Judée était redevenue indépendante sous un prince. Johanan connu sous le nom de Jean Hyrcan succéda à Simon son père, dernier des cinq frères Macchabées et gouverna pendant trente ans. Il assiégea la forteresse où son beau-frère Ptolémée ben Habub, avait assassiné son père et ses deux frères et où sa mère se trouvait prisonnière : mais Ptolémée réussit à prendre la fuite après avoir assassiné aussi cette dernière. Les Seleucides tentèrent une dernière fois de subjuguer la Judée et assiégèrent Jérusalem. Se rendant compte qu'ils ne pouvaient plus compter sur des partisans dans la ville, ils se retirèrent en prenant des otages, parmi lesquels se trouvait aussi un frère à Jean Hyrcan. Entre-temps une guerre civile éclata en Syrie et la Judée en profita pour devenir totalement indépendante. Jean Hyrcan tira avantage de cette situation réoccupa toutes les villes côtières et renforça son armée avec des mercenaires et poursuivit une politique d'expansion territoriale. Intransigeant au point de vue religieux, il occupa les territoires édomites, et les Idoméens furent convertis de force au judaïsme : ainsi les descendants d'Esau perdirent leur identité nationale pour se fondre dans la masse du peuple juif. Jean Hyrcan et ses fils, furent les seuls, durant les trente-huit siècles d'histoire du peuple juif, à avoir recours à la conversion forcée. Sous le commandement des deux fils du roi, les princes Antigonus et Aristobule, l'armée occupa la Samarie, détruisant la ville de Samarie et rasant le Temple du Mont Gerizim. L'état atteignit des dimensions semblables à celles des royaumes de David et de Salomon : la Trans-Jordanie fut soumise et la plaine côtière que David et Salomon n'avaient jamais réussi à contrôler totalement devint partie intégrante du royaume des successeurs de Jean Hyrcan. C'est vers la fin du règne de Jean Hyrcan qu'eurent lieu les premiers chocs entre les Hasmonéens et les Pharisiens. L'atmosphère séculaire de la cour de ce prince autocrate, l'hellénisation graduelle dans le mode de vie, la puissance militaire au-dessus de laquelle se trouvait Jean Hyrcan formaient un tout, très peu compatible avec la façon de penser des Pharisiens. Lors d'un banquet, un des chefs pharisiens, auquel le prince avait demandé si ils pouvaient lui reprocher une transgression à la Torah, lui répondit qu'il ferait mieux de conserver le gouvernement, mais d'abandonner la fonction de Grand-Prêtre, sa mère ayant été prisonnière à Modin peu de temps avant sa naissance. Ceci poussa Jean Hyrcan à s'appuyer de plus en plus sur les Sadducéens. L'époque de Jean Hyrcan est comparable en plusieurs points à celle de Salomon : la Judée atteignit de nouveau son apogée à cette époque, mais sa mort devait être un point tournant dans l'histoire des Juifs, en ouvrant une période de luttes fratricides entre les princes hasmonéens pour le pouvoir. Comme Salomon, Jean Hyrcan, entreprit des travaux édilitaires : il éleva sur les tombes de son grand-père, de son père et de ses oncles, à Modin, un mausolée grandiose connu sous le nom de Mausolée des Macchabées : il se fit construire aussi un palais à Jérusalem. A la suite de reformes administratives, la Grande Assemblée fut remaniée et transformée en Sanhédrin ou Grande Maison de Justice (Beth Din) se composant de soixante-dix membres plus un président (Av Beth Din). Le Sanhédrin devint la plus haute insistance judiciaire et le lieu d'interprétation de points litigieux de la Torah. Son fils et successeur Juda Aristobule emprisonna sa mère et ses frères, sauf un, son ancien compagnon d'armes Antigonus, auquel il confia l'armée. Juda Aristobule fut le premier Hasmonéens à prendre le titre de roi. Antigonus occupa le reste de la Galilée et une partie du Mont Liban, convertissant les habitants de ces régions de force et menaça Damas. De retour à Jérusalem Antigonus fut assassiné à la suite d'intrigues de cour. Juda Aristobule mourut peu après, son règne n'avait duré qu'un peu plus d'un ans. Sa veuve Salomé Alexandra connue aussi sous le nom hébreu Shlom Zion, fit immédiatement libérer les frères du roi, et n'ayant pas d'enfants, épousa, suivant la coutume religieuse son beau-frère Jonathan connu sous le nom d'Alexandre Jaunaï qui devint roi, et régna vingt-sept ans (103 – 76). Disposant d'une forte armée de mercenaires, Alexandre Jaunaï compléta les conquêtes de son père et de son frère. Il commença par assiéger Acco (Carte : 5). Le roi de Chypre, Ptolémée Lathimus, fils de Cléopatre III, reine d'Egypte, voulut l'en empêcher. Alexandre Jaunaï leva le siège, mais d'accord avec Cléopatre, occupa Césarée et Dor. Ptolémée pénétra en Galilée et vainquit l'armée juive à Zaphon près du Jourdain. Son avance fut arrêtée par une armée égyptienne commandée par deux généraux juifs, Hananiah et Hilkiah, fils d'Onias IV, grand-prêtre de Leontopolis. Alexandre Jaunaï reprit le contrôle du pays, occupa Gaza, Raphia et Acco, et seule la ville d'Ashkelon resta une enclave indépendante sur la côte. Sans scrupules, Alexandre Jaunaï, punit cruellement les populations des villes qui lui avaient résisté. Il continua son expansion en occupant de nombreuses villes en Trans-Jordanie, les côtes du lac de Tibériade et les collines de Golan. En dehors de ces campagnes d'expansion contre les peuples étrangers, le roi dut mener une guerre civile désastreuse à l'intérieur du pays. Les fils de Jean Hyrcan, Juda Aristobule et Alexandre Jaunaï, étaient devenus des souverains despotiques, comme les rois des pays voisins, et les dissensions entre Pharisiens et Sadducéens, qui avaient commencées sous le règne de Jean Hyrcan, atteignirent leur point culminant. Alexandre Jaunaï jouissait de l'appui des Sadducéens, partie des prêtres, des militaires, de l'aristocratie et des riches : par contre la classe moyenne et les masses qui soutenaient les Pharisiens s'élevaient contre le roi, ceci sans compter les Esseniens dont un écrit parle du temps où «les bâtards et les fils d'étrangères» n'auront plus le droit de pénétrer dans le Temple restauré de la Nouvelle Jérusalem. Lors de la fête de Succoth en 95 AC, Alexandre Jaunaï, officiant dans le Temple, en sa qualité de Grand-Prêtre, au lieu de verser de l'eau sur l'autel comme le prescrivait l'enseignement pharisien, la versa à terre. Le peuple indigné lui lança les ethrogim qu'il tenait en main en le traitant de descendant de prisonnière. Les mercenaires du roi se jetèrent sur l'assistance et massacrèrent six mille personnes dans l'enceinte du Temple. La guerre civile qui s'ensuivit dura six ans et coûta la vie à cinquante mille personnes. A une occasion huit cent rebelles furent crucifiés devant les fenêtres du roi. De guerre lasse, les deux parties finirent par se réconcilier vers la fin du règne, et le calme revint. Alexandre Jaunaï mourut en 76 AC au retour d'une campagne victorieuse contre les Arabes Nabatéens. Il confia le royaume à sa femme Salomé Alexandra, en lui conseillant de faire la paix avec les Pharisiens, et d'appuyer son gouvernement sur les modérés de cette secte, sans craindre les extrémistes parmi eux ni les Sadducéens. Son règne, dura neuf ans jusqu'à sa mort en 67 AC. Ce fut un règne de calme. Salomé Alexandra confia l'armée à son fils Aristobule et son fils aîné Hyrcan devint Grand-Prêtre. Aristobule mis le siège à Damas, sans toutefois arriver à l'occuper. Tigrane, roi d'Arménie, envahie la Syrie, mais la diplomatie de la reine Salomé Alexandra, arrêta toute tentative d'attaquer contre la Judée : ceci fut rendu tout à fait impossible plus tard, lorsque les légions romaines attaquèrent l'Arménie. Suivant le conseil de son mari, Salomé Alexandra s'entoura de conseillers pharisiens, dont son propre frère Simon ben Shetah, chef de la secte, et à la fois homme d'un grand dynamisme et sage illustre. Un pharisien présida le Sanhédrin dont tous les sièges furent lentement occupés par des membres de cette secte, qui imposèrent leurs lois comme lois de l'Etat. Un siècle après la révolte des Macchabées la superficie et la population de la Judée avaient décuplé. C'est aussi du mélange ethnique de cette époque que descend le peuple juif actuel. Les Sadducéens, éloignés du pouvoir, se groupèrent autour du prince Aristobule. Salomé Alexandra avait désigné son fils aîné Hyrcan, comme son successeur. Peu de temps avant la mort de la reine, Aristobule fomenta une révolte. Salomé Alexandra mourut peu après, et Hyrcan monta sur le trône. Son armée vaincue à Jéricho, Hyrcan s'enfuit à Jérusalem et se réfugia dans le Temple. Aristobule occupa la capitale et arriva à un compromis avec son frère dans le Temple. Aristobule assumait la royauté et Hyrcan gardait la fonction de Grand-Prêtre. Le gouverneur d'Idumée, Antipater, Iduméen lui-même devint l'ami et le conseiller d'Hyrcan, qu'il réussit à persuader que sa vie serait en danger tant qu'Aristobule régnait. Antipater l'accompagna lors de sa fuite de Jérusalem à la cour du roi des arabes Nabatéens où il se réfugia. Hyrcan marcha sur Jérusalem avec une armée arabe et assiégea la ville. Lorsque Pompée, à la tête des légions romanis occupa la Syrie en 64 AC la Judée était en pleine guerre civile. Aristobule et Hyrcan s'adressèrent au Triumvir pour lui demander d'arbitrer et de décider auquel des deux reviendrait la couronne. Pompée favorisa Hyrcan et ses partisans lui ouvrirent les portes de Jérusalem, mais Aristobule défendit le Temple avec acharnement. Après trois mois des sièges les Romains prirent la forteresse du Temple, que Pompée profana un Samedi en entrant dans le Saint des Saints : plus tard il raconta qu'il y avait vu une tête d'âne. Aristobule et ses enfants furent faits prisonniers et envoyés à Rome. Hyrcan resta Grand-Prêtre et reçu le titre d'Ethnarque de Judée. Les villes côtières, la Samarie et la Galilée furent annexées à la province romaine de Syrie. En 63 AC l'état libre hasmonéen de Judée cessa d'exister. Alexandre le fils d'Aristobule avait réussi à s'évader sur la route de Rome, il retourna en Judée où il rassembla des partisans et se révolta contre les Romains en 57 AC. Cette révolte fut réprimée, et la Judée fut divisée en cinq districts, soumis directement au gouverneur romain de Syrie. Hyrcan II gardait uniquement le titre de Grand-Prêtre et Antipater restait son conseiller. Un an plus tard Aristobule et son fils Mattatiah Antigonus s'évadèrent aussi et tentèrent sans succès de reprendre le pouvoir. La cupidité des Romains provoqua une nouvelle révolte d'Alexandre en 55 et à la suite du pillage du Temple une autre de 53 à 51 AC. Durant cette époque troublée Antipater réussit à convaincre Hyrcan II de rester Royal à Rome. Tant que Pompée resta le maitre de l'Orient, Antipater le suivit fidèlement. Lorsque Jules César prit le pouvoir à Rome en 49 : Aristobule reçut le commandement de deux légions stationnées en Egypte, mais fut emprisonné avant son départ par les partisans de Pompée. Alexandre fut décapité à Antioche par ordre de Pompée. Après la défaite et la mort de ce dernier Antipater et Hyrcan II appuyèrent César et l'aidèrent lors de sa campagne en Egypte. César contribua à améliorer les relations entre Rome et la Judée. Hyrcan fit reconfirmer son titre d'ethnarque. La zone côtière, comprenant Jaffa fut réunie à la Judée, ainsi que Lydda, la Galilée et l'Emek Jizréel en 47 AC. Les deux fils d'Antipater, Phasael et Hérode furent nommés gouverneurs de Jérusalem et de la Galilée, et lorsqu'Antipater mourut emprisonné en 43 AC, son fils Hérode lui succéda dans ses charges auprès d'Hyrcan II. Mattatiah Antigonus neveu d'Hyrcan II tenta de pénétrer en Judée avec l'appui du roi de Chalcis, mais fut vaincu par Hérode en 43 AC. Trois ans plus tard il revint en Judée avec l'appui des Parthes, ennemis de Rome et entra à Jérusalem, dont le gouverneur Phasael se suicida. Hérode envoya sa famille à la forteresse de Massada sous la garde de son frère Joseph et partit pour l'Arabie. Mattathias Antigonus, fit couper les oreilles de son oncle Hyrcan II, le rendant ainsi inapte à assumer la charge de Grand-Prêtre, et se fit nommer Roi et Grand-Prêtre : il régna trois ans. Entre-temps Hérode partit pour Rome et avec l'appui de Marc Antoine et d'Octavien, fut nommé, roi des Juifs, par le Sénat. Il débarqua à Acco, leva des troupes en Idumée et avec l'aide des Romains vainquit Antigonus qui fut fait prisonnier et décapité par les Romains à Antioche en 37 AC. Pour s'assurer l'appui du peuple Hérode épousa Myriam, petite fille d'Hyrcan II, s'alliant ainsi à la famille hasmonéene.

LES ROIS IDUMEENS Hérode régna pendant trente-trois ans ( 37 – 4 AC ). Doué d'une capacité d'adaptation extraordinaire il était sorti indemne de toutes les intrigues politiques de Rome, depuis l'époque du premier triumvirat à l'avènement d'Auguste. Il était devenu roi, grâce à l'appui de Rome, et resta jusqu'à la fin le vassal fidèle de cette puissance, à laquelle était vouée toute la haine de la nation juive, de nouveau asservie. Un des premiers actes de son règne fut l'exécution de quarante-cinq membres de l'aristocratie, apparentés à la famille hasmonéene. A la suite d'interventions de Marc Antoine, Hérode avait fait nommer Grand-Prêtre, son beau-frère Jonathan Aristobule, dernier des princes hasmonéens. Jaloux des marques de sympathie qui étaient témoignées au jeune Grand-Prêtre, par le peuple, lorsqu'il officiait dans le Temple, Hérode le fit assassiner lors d'un festin à Jéricho. Le vieil Hyrcan II fut tué à son tour et plus tard il fit aussi assassiner sa femme Myriam et sa belle-mère Alexandra. Craignant les Juifs, Hérode s'entoura de conseillers Grecs. Sa cour devint très semblable à celles d'autres monarques hellénisés du Moyen-Orient. Le règne d'Hérode eut malgré tout une certaine splendeur. Aucun roi de Judée n'entreprit des travaux édilitaires comparables aux siens. Il construisit la ville et le port de Césarée, reconstruisit Samarie sous le nom de Sébaste, restaura la forteresse de Massada, et éleva deux forts qui prirent le nom d'Hérodium (Carte : 7) aux confins de l'Arabie. Il se fit construire un palais d'or et de marbre à Jérusalem, entouré d'un grand parc comme les palais romains. Il essaya de s'attirer la sympathie des masses du peuple en intervenant auprès des Romains, pour obtenir des réductions d'impôts durant les années de mauvaises récoltes et reconstruisit le Temple à Jérusalem, qu'il agrandit. Les dimensions du Temple, lui-même, restaient inchangées, mais d'une structure beaucoup plus haute, l'intérieur était divisé en deux par un rideau en voile pourpre et bleu, devant lequel se trouvait la table avec les douze pains, le chandelier à sept branches et un autel pour brûler l'encens, derrière le rideau se trouvait le Saint des Saints. Cette partie du sanctuaire dans lequel ne pouvaient pénétrer que les Cohanim: fut construite par des Cohanim afin d'éviter toute profanation. L'édifice était en marbre blanc avec des ornements en or et ses portes en bronze étaient surplombées d'une vigne en or, symbole de la tribu de Lévi : les Cohanim y avaient accès par un large escalier, au devant duquel se trouvait la cour des Prêtres où était érigé l'autel pour les sacrifices. Des portes ornées d'or et d'argent, séparaient cette cour de la cour d'Israël, où priait le peuple, un endroit séparé en forme de balcon servait pour les femmes. On avait accès à la cour d'Israël par une autre cour – la cour des Gentils – au-delà de laquelle aucun non-juif n'avait le droit de pénétrer. Tout cet ensemble était entouré d'une colonnade recouverte où se trouvaient les marchands d'animaux pour les sacrifices, les changeurs de monnaie, et où les rabbins se réunissaient pour enseigner la loi à leurs élèves. L'aigle romaine en or, sur l'entrée de l'édifice rappelait au peuple la domination romaine. Pour avoir le contrôle du sanctuaire, il le relia par un passage souterrain à la forteresse Antonia. C'est cet édifice qui fut détruit par les Romains, dont le mur Occidental, devenu depuis pour les Juifs un lieu sacré, est le seul vestige. Par sa soumission à Rome, Hérode, sut toutefois obtenir des avantages pour les communautés Juives à Rome, Alexandrie et le reste de l'empire, et ces communautés eurent recours à lui chaque fois que le besoin se fit sentir : pour ces Juifs de l'étranger, auxquels il ne refusa jamais son aide et sa protection Hérode resta le symbole du centre national, tandis que pour les Juifs de son royaume il était "l'esclave iduméen" objet de leur haine et de leur mépris. Hérode désirait que ses fils par Myriam, Alexandre et Aristobule, hasmonéens par leur mère lui succèdent : mais la popularité grandissante de ces deux princes, le rendit méfiant, envers eux. A la suite d'une intrigue tramée par la sœur d'Hérode et par leur demi-frère Antipater, ils furent accusés de conspirer contre leur père et condamnés à mort en 7 AC. Antipater devint l'héritier présomptif mais fut aussi exécuté d'ordre de son père, peu de temps avant la mort d'Hérode en 4 AC. Ceci fit dire à l'empereur Auguste : "Dans la maison du roi juif, il vaut mieux être un porc qu'un fils." Hérode était mourant, au moment où la populace de Jérusalem, arracha les aigles qui surplombaient l'entrée du Temple. Il eut le temps de mater l'émeute et de faire condamner les coupables à mort. Le dernier testament d'Hérode, partageait son royaume entre trois de ses fils. Archelaüs, reçut la Judée, l'Idumée et la Samarie, Hérode Antipas la Galilée et la Trans-Jordanie Juive et Philippe les territoires du Nord-Est. Archelaüs et ses frères partirent pour Rome, chacun dans le but de faire invalider le testament d'Hérode en sa faveur, et des révoltes éclatèrent de tous côtés. L'empereur Auguste confirma le testament d'Hérode, mais n'accorda à Archelaüs que le titre d'éthnarque de Judée. Archelaüs fut encore plus cruel que son père et réprima dans le sang les révoltes de ses sujets. A la suite de plaintes des Juifs et des Samaritains, Auguste l'exila en Gaul en 6 AD et la Judée devint une province romaine sous la juridiction d'un procurateur romain qui résidait à Césarée. L'administration locale restait entre les mains des Juifs et le Sanhédrin gardait son autonomie au point de vue juridique, pouvant même condamner à mort, sous la supervision du Procurateur. La fonction de Grand-Prêtre fut subordonnée à l'autorité du Procurateur, qui le nommait d'accord avec quelques membres de la famille d'Hérode, et cette fonction resta entre les mains des membres de quelques familles. Les vêtements sacrés du Grand-Prêtre, étaient gardés par les Procurateurs qui les leur donnaient pour leur permettre d'officier quatre fois par an. Les premières vingt années qui suivirent la déposition d'Archelaüs, furent relativement calmes : les Romains évitèrent en général d'offenser les sentiments religieux du peuple et allèrent jusqu'à voiler les aigles et autres symboles des légions, ainsi que les portraits impériaux et les statues dans la ville de Jérusalem. Un changement radical survint lorsque Ponce Pilate fut nommé procurateur de Judée en 26 AD. Il provoqua des émeutes sanglantes en faisant entrer les légions romaines avec leurs emblèmes à Jérusalem : emblèmes qu'il fut obligé de retirer une semaine plus tard et déposer en Césarée. Une partie du trésor du Temple fut confisquée pour la construction d'un aqueduc. Des troubles en Galilée furent réprimés avec une cruauté extrême : et les suspects mis à mort sans jugement. Ponce Pilate fut finalement renvoyé à Rome par le légat romain en Syrie Vitellius en 36 AD. Le fils d'Aristobule, Agrippa, se trouvait à Rome au moment de l'exécution de son père et de son oncle par Hérode, où il fut éduqué avec le fils de l'empereur Tibère, avec Caligula et Claude. Peu de temps après son avènement Caligula nomma son ami Agrippa ethnarque de Galilée et de Judée. Caligula était fou et se prenait pour un Dieu. Il ordonna d'ériger des autels et d'offrir des sacrifices à sa personne dans tout l'empire. Lorsque des non-juifs lui érigèrent un autel à Yavneh, les juifs le lésèrent. Caligula ordonna l'érection d'un autel à Jérusalem dans le Temple. Ce n'est que grâce à l'intervention d'Agrippa I, que ceci fut retardé et avec la mort de Caligula en 41 AD la question fut définitivement réglée et une nouvelle révolte contre Rome arrêtée. L'empereur Claude qui succéda à Caligula était très lié avec Agrippa qui fut nommé roi, de tout le territoire d'Israël, sur lequel avait régné Hérode. Malgré son éducation gréco-romaine Agrippa I fut un roi Juif, il coopéra avec les chefs Pharisiens, et fut très aimé par ceux-ci et par le peuple, au point où un jour appelé à lire la Thora dans le Temple, il dut lire le passage suivant du Deutéronome (XVII. 15) : "C'est un de tes frères que tu dois désigner pour être ton roi : tu n'auras pas le droit de te soumettre à un étranger qui ne serait pas ton frère." Le peuple voyant couler des larmes des yeux du roi, qui se souvenait de sa descendance iduméene, cria spontanément : "Tu es notre frère, tu es notre frère." Sous le règne d'Agrippa, une armée nationale fut réorganisée, les pouvoirs du Sanhédrin élargis, et il entreprit la construction d'une troisième rangée de murailles autour de Jérusalem. Agrippa tenta aussi d'établir des relations d'amitié avec les peuples voisins, mais son règne fut très court et il mourut empoisonné en 44 AD, très probablement par ordre des Romains. Son frère Hérode II, roi de Chalcis, devint roi titulaire de Judée jusqu'à sa mort en 48, mais en réalité le pouvoir revint à un procurateur romain.

HILLEL ET SHAMMAI Les Pharisiens avaient par deux fois refusé de prêter serment de fidélité à Hérode et à l'empereur de Rome. Ils abandonnèrent momentanément la politique pour se plonger de plus en plus dans l'étude et l'interprétation de la Thora. Sous le règne d'Hérode la personnalité du Rabbin Hillel dominait l'aile modérée des Pharisiens. Natif de Mésopotamie il était arrivé très jeune à Jérusalem, où il avait étudié sous deux membres illustres du Sanhédrin, Shemayah et Avtalion. Doué d'un esprit excessivement souple et logique, il fut le fondateur d'une école de pensée qui devait avoir une influence considérable sur la vie du peuple juif. En 30 AC, Hillel devint président du Sanhédrin : ses décisions dans les domaines juridiques et sociaux eurent force de loi : ses ordonnances concernant les prêts d'argent rendirent la vie commerciale plus facile. Le vice président du Sanhédrin était Shammaï, palestinien de naissance et strictement conservateur. Shammaï et ses disciples étaient d'une austérité exemplaire, s'astreignant à une discipline très stricte et très intolérante envers les non-juifs. Un non-juif ayant demandé à Shammaï de lui expliquer la loi en quelques instants, il fut chassé à coups de bâton. Il s'adressa à Hillel qui lui répondit : "Ne fait pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fit : ceci est l'essence de la Thora, le reste n'est que commentaire." Hillel resta à la tête du Sanhédrin jusqu'à sa mort en 10 AD, et ses descendants assumèrent la présidence du Sanhédrin sans interruption pendant quatre siècles. Cette époque marque la décadence du parti Sadducéen, dirigé par l'aristocratie et les familles d'Hanan et de Boëthus, desquelles étaient issus les Grand-Prêtres de cette période. Après la destruction du Temple en 70, on n'entend plus parler de ce parti. La secte esseniène continua son mode de vie collectiviste dans la région d'Ein Gedi : se baignant journellement dans le Jourdain pour se maintenir purs et se préparant pour le royaume de Dieu dans la contemplation et l'étude. Le peuple les respectait, les considérants comme des saints ayant le pouvoir de guérir les malades et voyant l'avenir, mais leur influence fut assez limitée, et presque nulle dans les grands centres comme Jérusalem. C'est à cette secte, ou à une ramification de celle-ci qu'appartenait très probablement Jean-Baptiste.

LES JUIFS DANS L'EMPIRE ROMAIN Des grandes agglomérations Juives se trouvaient dispersées dans toute l'étendue de l'Empire Romain, ainsi qu'en Perse et en Mésopotamie. A Rome, Alexandrie, Antioche, ainsi qu'en Grèce et en Asie Mineure des communautés juives organisées, suivant leurs lois et usages, ne se mélangeant pas avec les païens, jouissaient d'une certaine autonomie tolérée par Rome. Dans les centres de grande population grecque, leur nombre, la circoncision, l'alimentation rituelle, le Sabbat, leur aversion pour les statues et les images, ainsi que leur ambition et leurs succès commerciaux, créèrent autour d'eux un antisémitisme virulent, allant de la raillerie aux pogromes organisés. D'autre part dans certains milieux, et particulièrement à Rome, ils provoquèrent un certain intérêt pour le monothéisme et réussirent à faire du prosélytisme dans le sein des meilleures familles. A Damas un grand nombre de femmes embrassèrent le Judaïsme. La cour du petit royaume indépendant d'Adiabène aux bords du Tigre se convertit aussi, et cet exemple fut suivi par une grande partie des nobles et de la population. Parlant latin, grec ou araméen, suivant les pays où ils étaient établis, les Juifs étaient tous indissolublement liés à la Judée, et contribuaient richement tous les ans au Trésor du Temple. Cette coutume fut instaurée, lorsque Salomé Alexandra imposa à chaque habitant du royaume de contribuer un demi-shekel pour le Trésor du Temple. Les communautés de l'étranger organisèrent alors des collectes annuelles, à des époques définies, et là, vu la situation meilleure des juifs les contributions se faisaient sous forme de pièces d'or. Ces contributions devaient être assez importantes, car, lorsque le gouverneur romain Flaccus, saisit cent kilos d'or représentant les contributions de trois villes d'Asie Mineure : Ciceron accusa les Juifs au Sénat de Rome d'exporter la richesse de l'Etat. L'empereur Tibère, à la suite de la conversion de la femme d'un sénateur influant, au Judaïsme, fit accepter une loi expulsant les Juifs de Rome. Plusieurs juifs furent bannis en Sardaigne. En Egypte où les Juifs dirigeaient de grosses affaires en concurrence avec les Grecs, l'antisémitisme allait en augmentant, surtout au moment où Cléopatre III confia le commandement de son armée aux généraux juifs Hilkiah et Hananiah. Une littérature antisémite se développa. Lorsqu'Agrippa I, venant de Rome pour prendre possession du trône de Judée, passa par Alexandrie les Juifs le reçurent en roi. Les Grecs par contre en firent un objet de moquerie dans leur théâtre, et ceci commença par provoquer des troubles, qui, avec l'appui du gouverneur romain, dégénérèrent en pogrome, les Grecs déferlèrent à travers la ville, pillant maisons et boutiques et tuant les Juifs sur leur passage. Beaucoup de Juifs abjurèrent leur foi à la suite de ces émeutes, entre autre, le fils du chef du Judaïsme égyptien et neveu de Philon d'Alexandrie, Tibère Alexandre. Celui-ci devenu plus tard général romain fut pendant deux ans procurateur de Judée, et puis pendant la grande révolte commanda une légion romaine qui prit part au siège et à la destruction de Jérusalem en 70.

LITTERATURE ET RELIGION L'établissement de l'Etat Hasmonéen avait entraîné un réveil dans l'usage de l'hébreu, qui se parlait à Jérusalem et dans ses alentours : ce langage était du néo-hébreu ou hébreu de la Mishna. En Galilée et en dehors de la Judée, on parlait araméen : la seconde langue dans tout le pays était le grec. La Bible avait pris sa forme définitive à l'époque des Macchabées, et le dernier livre qui y avait été ajouté était le livre de Daniel. La littérature de cette époque jusqu'à la destruction de second Temple, imitait surtout les livres et le style bibliques ; ces écrits prenant le nom de livres apocryphes. Les originaux de plusieurs des livres apocryphes ont été perdus et ils nous sont parvenus en traductions grecques, syriaques ou coptes. Les principaux entre ceux-ci sont : La Sagesse de Sirach Les livres des Macchabées Les louanges de Salomon Le livre d'Enoch Tobit Judith Certains de ces livres ont été incorporés dans la Bible chrétienne. Durant cette période la Judée observa fidèlement la religion juive, monothéiste, qui s'était cristallisée depuis plusieurs générations. La Torah était la règle générale de la vie, et était à la portée de chaque individu. Sous Salomé Alexandra, Shimon ben Shetah avait établi un système d'éducation très étendu dans le pays en ouvrant des écoles partout dans le royaume. Plustard le grand-prêtre Yehoshua ben Gamla, veilla à la nomination d'enseignants dans chaque ville pour assurer l'éducation d'enfants à partir de l'âge de six ans. Le développement politico-religieux de l'époque est étroitement lié à l'idée messianique. Cette idée se trouve déjà tracée dans le livre de Daniel. Dans une de ses visions le prophète Daniel voit après la destruction des quatre royaumes de la terre, apparaître un nouveau royaume, celui du Messie, qui pour Daniel est le royaume de Dieu. Le livre apocryphe d'Enoch, traite aussi de la rédemption de l'humanité par un Messie, ainsi que l'approche du royaume des cieux. Les écrits découverts à Qumran, qui constituent une partie de la bibliothèque des ésséniens, et entre autre le Manuel de Discipline de la secte, sont aussi fortement imbus de l'idéal messianique. Les écrits messianiques et la diffusion de cette idée, contribuèrent fortement pour préparer l'état d'esprit du peuple juif à deux événements d'une importance primordiale : l'avènement du christianisme ainsi que la révolte contre les Romains. En dehors de la Judée, la plus grande figure du Judaïsme de l'époque fut le philosophe Philon d'Alexandrie, frère de l'Alabarque Alexandre. Ses écrits, qui constituent surtout un commentaire philosophique de la Torah, dont le but est d'harmoniser l'esprit de la Torah avec la philosophie de Platon, sont riches d'allégories. Les motifs qui poussèrent Philon à écrire furent d'abord d'arriver à re-intéresser les juifs hellénisés à la loi de Moïse et aussi à arriver à rendre plus compréhensible la philosophie de la Bible aux intellectuels grecs. A Alexandrie aussi furent écrits en langue grecque, certains autres ouvrages apocryphes comme : Le troisième et le quatrième livre d'Ezra Le livre de Baruch Le Testament des douze Patriarches.

LES ZELOTES Déjà sous le règne d'Hérode des extrémistes du parti pharisien étaient actifs dans le pays, et surtout dans la Galilée incitant le peuple à la révolte. Ils considéraient que de même qu'il ne pouvait pas exister de solution de compromis entre la religion juive et l'idolâtrie, il ne pouvait exister de compromis au sujet de la soumission à la domination romaine : la soumission à Rome était pour eux une transgression à la religion. Le royaume de Dieu étant proche, c'est par la force qu'il devait être établi : Dieu aiderait ceux qui agiraient suivant sa volonté. C'est imbus de cette idée, que des extrémistes religieux républicains, se groupèrent sous Zaddok, disciple de Shammaï et sous Judah le Galiléen et prirent le nom de Zélotes ou Kannaïm. Vers l'an 6 à 7, à l'occasion d'un recensement, demandé par les Romains, auxquels il refusait de se soumettre, Judah proclama que l'état juif devait être une théocratie, sans roi, reconnaissant Dieu comme son souverain et la Torah comme sa loi. Les Zélotes se groupèrent dans les montagnes de Galilée et harcelèrent les romains ainsi que les juifs modérés qui collaboraient avec eux.

LA GRANDE REVOLTE La conviction d'être le peuple élu de Dieu, duquel devait être issu le Messie, ainsi que le succès de la révolte des Macchabées contre les Grecs d'une part ; la recherche d'une certaine justice sociale, de la part des populations appauvries et endettées qui formaient la majorité dans le pays, d'autre part, furent les facteurs principaux qui poussèrent les Juifs de Palestine à se révolter contre les Romains. Le peuple sentait de plus en plus la domination étrangère, l'idolâtrie était présente dans ces villes. Avec les légions romaines, un grand nombre de Grecs d'Asie Mineure ainsi que de Syriens s'étaient établis en Judée. Collaborant étroitement avec les Romains, ces étrangers étaient devenus une classe privilégiée qui méprisait les Juifs, et ne le cachait pas. C'est des couches opprimées du peuple qu'étaient issus les Zélotes, qui animés d'une foi profonde étaient convaincus qu'avec l'aide divine ils réussiraient de nouveau à libérer le pays du joug de l'étranger. Après la mort d'Hérode II, l'empereur Claude nomma le fils d'Agrippa I, roi de Chalcis et roi titulaire de Judée. Ce roi ne ressemblait nullement à son père. Agrippa II ne fut qu'un instrument entre les mains de Rome et de ses procurateurs en Judée, qui par leurs actes provoquaient journellement le peuple à la rébellion. Des troubles secouaient le pays par intermittence et chaque mouvement insurrectionnel était cruellement réprimé par les Romains, ce qui creusait plus profondément le gouffre entre les deux peuples. Le Juif apostat, Tibère Alexandre, fut procurateur de 45 à 48 : l'empereur pensait qu'en choisissant comme gouverneur un membre d'une famille juive distinguée, il donnait une preuve d'amitié au peuple juif. La réaction de la population fut différente: la présence d'un renégat comme gouverneur les exaspéra, une révolte éclata en Galilée, et les chefs des Zélotes Jacob et Simon, fils de Judah le Galiléen, furent crucifiés d'ordre de Tibère Alexandre. Sous son successeur Cumanus, eurent lieu des combats sanglants entre Samaritains et des bandes de zélotes Galiléens. Lorsque Néron nomma Florus procurateur en 64, le mécontentement avait atteint son paroxysme. Loin de remédier à la situation, ses maladresses ne furent qu'exaspérer la population. Un groupe encore plus extrémiste se forma parmi les Zélotes ; les Sicaires. Ceux-ci attaquaient non seulement les Romains et les Grecs, mais tuaient les Juifs qui collaboraient avec eux. Florus était un homme ambitieux et malhonnête, cherchant à augmenter sa fortune personnelle grâce à sa position. Il exigea qu'on lui versa l'or du Temple. Ceci lui ayant été refusé il donna ordre aux soldats romains de piller le marché et les quartiers riches de Jérusalem. Ceux qui s'opposèrent aux romains furent crucifiés malgré l'intervention de la princesse Bérénice, sœur d'Agrippa II. Quelques jours plus tard la population se rua sur les soldats romains qui furent chassés de Jérusalem. Le roi Agrippa II arriva à Jérusalem pour tenter de calmer les esprits : il trouva deux factions dans la ville. Un groupe modéré, qui cherchait à éviter les effusions de sang, voulait, par l'entremise du roi, obtenir de Rome le rappel de Florus et l'envoi d'un gouverneur plus clément ; tandis qu'un second groupe sous Eleazar ben Hanania était partisan de la lutte contre les Romains. Agrippa quitta Jérusalem sans succès, et envoya des troupes pour aider les pacifistes. Lorsque les soldats du roi arrivèrent, les Zélotes sous Eleazar ben Hanania avaient occupé le Mont du Temple et les quartiers populaires : les troupes royales durent se retrancher dans un quartier de la ville occupé par l'aristocratie et des combats s'ensuivirent. Le palais du roi fut incendié et les troupes royales auxquelles s'étaient joints quelques détachements romains se retirèrent. En Galilée les Zélotes s'organisaient, sous Menahem et Eleazar ben Yair, petit-fils de Judah le Galiléen et sous Johanan de Gush-Halav. Dans les villes de population mixte comme Césarée, Beth-Shean et Alexandrie, les Grecs aidés par des soldats romains attaquèrent les quartiers juifs : à Césarée et à Beth-Shean tous les Juifs furent massacrés et à Alexandrie ces émeutes coûtèrent la vie à cinquante mille d'entre eux. Les émeutes prenaient l'aspect d'une révolte généralisée. Menahem saisit la forteresse de Massada et massacra la garnison romaine. Sur ces entrefaites le légat romain en Syrie, Certius Gallus, pénétra en Judée avec une armée pour réprimer la révolte : il fut battu dans les gorges de Beth-Horon (Carte : 7). Une vague d'enthousiasme s'empara du pays. A Jérusalem le Sanhédrin sous Rabban Shimon ben Gamliel organisa un gouvernement provisoire, de caractère modéré, Joseph ben Gorion et l'ancien grand-prêtre Hanan furent chargés de la défense de Jérusalem et Joseph ben Mattathias fut nommé gouverneur et commandant de la Galilée. En dehors des commandants nommés par le gouvernement provisoire, des chefs Zélotes qui s'étaient distingués contre les romains comme Johanan de Gush-Halav et Shimon bar Giora réorganisèrent leurs forces. Le nouveau commandant en Galilée, Joseph ben Mattathias, était un aristocrate : Cohen descendant de la fille de Judah Macchabée il était apparenté de loin à la famille royale. Dans sa jeunesse il avait été éssénéen, plus tard devenu pharisien il s'était lié à Yehoshua ben Gamla, vice-président du Sanhédrin, et avait passé un certain temps à Rome, où grâce à ses profondes connaissances du Grec, il avait été envoyé plaider la cause de deux prisonniers juifs. Admirateur de Rome, il pensait comme Agrippa II, qu'un compromis finirait par être trouvé. Il était âgé de vingt sept ans lorsqu'il assuma cette charge. Dès le début, ses origines nobles, le rendirent suspect à Johanan de Gush-Halav qui tenta par tous les moyens de le faire destituer, mais Joseph en habile diplomate réussit à déjouer toutes ces manœuvres. Les cinq mois qu'il dut passer à contrecarrer des intrigues, lui laissèrent très peu de temps pour organiser sérieusement la défense de la Galilée. En 67 Néron nomma Flavius Vespasien, commandant de l'armée romaine en Syrie, et il fut rejoint par son fils Titus à la tête de deux légions ainsi que par le roi Agrippa II. Les Romains commencèrent à avancer en Galilée avec une prudence extrême. Joseph dirigeait les opérations de Tibériade, et voyant la force des armées romaines, demanda à Jérusalem des instructions pour savoir si il devait négocier ou tenir la Galilée, ainsi que des renforts. Il reçut l'ordre de tenir la province à tout prix mais les renforts lui furent refusés. Il réussit à arrêter l'avance romaine en tenant la forteresse de Jotapata (Carte : 7) pendant sept semaines. Titus prit la forteresse et Joseph réussit à se cacher dans une citerne avec quarante compagnons. Ceux-ci empêchèrent Joseph de se rendre, et décidèrent plutôt de se tuer les uns les autres. Joseph leur fournit des dès pour jouer et voir lequel tuerait le prochain et lorsque Joseph et un autre restèrent vivants, ils se rendirent à Vespasien. Conduit devant le commandant romain, Joseph le salua, comme le futur empereur de Rome, Vespasien et Titus le gardèrent à leurs côtés pendant toute la campagne de Judée et plus tard le comblèrent d'honneurs. Il devint citoyen romain, reçut le droit de prendre le nom de famille de l'empereur et sous le nom de Flavius Joseph, écrivit deux œuvres historiques d'une importance primordiale : « La Guerre des Juifs » et « Les Antiquités Juives ». La première est une histoire contemporaine de cette guerre qu'il vécut et dans laquelle il avait pris une part active, tandis que la seconde est une histoire du peuple juif jusqu'à l'an 66 qui encore aujourd'hui reste la source principale d'information sur l'histoire des deux siècles qui précédèrent la révolte contre les Romains. Quelques mois plus tard les villes forteresses principales de la Galilée, Gush-Halav, le Mont Thabor, et Gamala dans le Golan (Carte : 7) tombaient entre les mains des Romains, et en Octobre 67 tout le Nord de la Palestine ainsi que le port de Jaffa étaient occupés. Six mille juifs furent déportés comme esclaves pour les travaux de construction du canal de Corinthe. Johanan de Gush-Halav réussit à s'enfuir de sa forteresse et arriva à Jérusalem avec quelques milliers de soldats. Les modérés comme Rabban Shimon ben Gamliel et Joseph ben Gorion furent écartés du pouvoir de Johanan, devenu dictateur de Jérusalem, se prépara pour résister à un siège. Avec l'arrivée de renforts iduméens, les Zélotes commencèrent à massacrer des éléments modérés de la population, restés fidèles à l'ancien grand-prêtre Hanan, soupçonné de vouloir négocier avec les Romains. Shimon bar Giora, chef des Sicaires, quitta Massada avec une bande d'esclaves libérés, et arriva à Jérusalem où il entra en conflit armé avec Johanan. Bientôt quatre factions se disputèrent le pouvoir dans la ville, sans compter les modérés. En été 69 les Romains occupaient toute la Judée, en dehors de la forteresse d'Herodium, Machaerus et Massada (Carte : 7), et Vespasien quitta la Judée pour devenir empereur à Rome en confiant le commandement des armées à Titus. Durant les deux années de répit entre la chute de la Galilée et le siège de Jérusalem, les désaccords entre les défenseurs de Jérusalem, les empêchèrent d'établir un plan commun de défense, ce n'est que lorsque les Romains arrivèrent aux portes de la ville qu'il se réconcilièrent. En hiver 70 environ quatre vingt mille hommes convergèrent sur la ville sainte par toutes les directions ; en dehors des Romains, ils comprenaient les troupes d'Agrippa II, et une des légions romaines était commandée par Tibère Alexandre. Avant de commencer l'attaque Titus invita la ville à se rendre, mais son ultimatum fut repoussé et l'attaque commença par le Nord. Après la prise du mur d'Agrippa, et du second mur, Titus envoya Flavius Joseph sous les murailles de Jérusalem, pour sommer les défenseurs à se rendre. Il fut accueilli avec mépris. Après la prise de la forteresse Antonia défendue par Johanan, celui-ci se réfugia sur le Mont Sion et le Mont du Temple. Titus entoura la ville de treize forts reliés par des murs, pour isoler complètement Jérusalem, où la famine faisait des ravages. Les fuyards attrapés par les Romains étaient crucifiés chaque jour sous les collines environnantes et ce n'est que le manque de bois qui mit fin à cette horreur. Dans la ville même malgré les attaques journalières et la famine, les Juifs se défendirent avec opiniâtreté, convaincus que Dieu ne les abandonnerait pas. En Juillet le quartier du Temple fut encerclé. Titus, sous l'influence de Bérénice dont il était l'amant voulut l'épargner et demanda une dernière fois aux défenseurs de se rendre : sur le refus de ceux-ci il donna l'ordre de l'assaut final, en recommandant aux troupes de ménager le sanctuaire. Le 9 Av 70, le Saint des Saints fut incendié par un brandon qu'un légionnaire lança à travers une fenêtre ouverte. Les soldats romains y pénétrèrent, massacrant hommes, femmes et enfants sur leur passage. Johanan et Shimon réussirent à s'enfuir dans la ville haute qui fut bientôt réduite en cendres : Johanan fut fait prisonnier et Shimon se rendit. Ils furent enchaînés et envoyés à Rome avec sept cents autres prisonniers. Joseph évalue le nombre de prisonniers qui furent vendus à quatre vingt dix sept mille. Titus partit pour Rome après deux mois de réjouissances, et en 71 un triomphe fut organisé pour célébrer cette victoire. L'empereur Vespasien, ses deux fils Titus et Domitien, suivis de sept cents prisonniers enchaînés dont Johanan de Gush-Halav et Shimon bar Giora défilèrent à Rome, portant le chandelier à sept branches, la table en or, les trompettes d'argent et d'autres objets du culte dérobés au Temple, ainsi qu'un rouleau de la Loi. Ce butin fut déposé au temple de la Paix. Shimon bar Giora fut exécuté après cette cérémonie et Johanan emprisonné. Trois juifs notoires se trouvaient dans les tribunes des spectateurs. Agrippa II, Flavius Joseph et Tibère Alexandre. Un Arc de Triomphe fut érigé à Titus à Rome, où sont reproduites des scènes de ce défilé triomphal. Les trois forteresses restées entre les mains des Juifs après la chute de Jérusalem, Herodium, Machaerus et Massada furent assiégées : la dernière à tomber fut Massada en 73 où Eleazar ben Yair et ses hommes, s'entre-tuèrent après avoir égorgé leurs femmes et leurs enfants plutôt que de se rendre. La Judée vaincue devint une petite province romaine, leur indépendance perdue, il ne restait aux Juifs que la Torah.

LE CHRISTIANISME C'est en menant une vie d'abstinence et de prières que les Esseniens tentaient de rapprocher la venue du Messie et le royaume de Dieu. C'est de l'un d'entre eux Johanan ben Zacharia –Jean Baptiste- que partit l'appel : « Le Messie vient, le royaume des cieux est proche ». Il appelait le peule à la purification, les baptisant dans l'eau du Jourdain pour les nettoyer de tout pêché. C'est lorsque tout Israël serait purifié que le Sauveur viendrait. Ces prédications ne dérangeaient nullement les Pharisiens, qui tout en n'approuvant pas les idées des Esseniens, ne prirent jamais de mesures contre eux. Craignant que la popularité de Jean Baptiste n'eut des répercussions politiques, Hérode Antipas, le fit incarcérer et tuer en 29. Après la mort de Jean Baptiste, Jésus de Nazareth, qui avait aussi été baptisé par lui dans le Jourdain, retourna en Galilée prêcher la doctrine des ésséniens. Comme eux, il méprisait la richesse, parlait de la communauté des biens, voyait dans le mariage simplement l'observation du commandement de procréer, et faisait des guérisons miraculeuses. Il s'adressa aux masses du peuple, qui ne comprenaient pas clairement la loi et que les rabbins pharisiens de Jérusalem ignoraient. Dans un araméen simple il leur expliquait l'enseignement des anciens prophètes d'Israël et de l'école de Hillel, les appelant au repentir et les attirant en leur expliquant qu'il suffisait de faire le bien pour gagner une place dans le royaume de Dieu. C'est lorsque ses disciples propagèrent la rumeur qu'il était le Messie et qu'il voulut porter son enseignement à Jérusalem qu'il attira sur lui l'attention du Sanhédrin, devant lequel il comparu et fut accusé de blasphème. Condamné comme faux prophète, le Sanhédrin le livra à Ponce Pilate qui le fit crucifier. L'événement en lui-même dut passer inaperçu à l'époque car aucune chronique contemporaine n'en parle. Parmi ses partisans le bruit se répandit qu'il était sorti de sa tombe et monté au ciel, et une secte qui le tenait pour Messie se forma à Jérusalem autour de son frère, Jacques, et des apôtres Pierre et Jean. Cette secte, qui était estimée au début à un groupe de cent vingt personnes, tout en ressemblant dans son enseignement à celle des Esseniens différait de celle-ci dans sa croyance que le Messie était venu. Ses adeptes furent connus à l'époque sous le nom d'Evioniam ou de Nazaréens, et suivaient les lois et les prescriptions juives. Les juifs de langue grecque témoignant un certain intérêt à l'enseignement de la secte, le disciple de Jésus, Pierre, commença à diffuser l'enseignement de son maitre dans les communautés des pays voisins, comme Antioche et Damas. Les Pharisiens voyant un danger dans la diffusion de cette doctrine, envoyèrent Saul de Trace, pharisien sévère, comme plus tard sous le nom de Paul, à Damas pour faire une enquête. C'est lors de son voyage à Damas qu'il changea d'opinion et au lieu de persécuter les Nazaréens il se joignit à eux. Il n'y a aucun doute que sans Jésus, Paul n'aurait laissé aucune trace dans l'histoire, mais sans Paul le christianisme n'aurait pas eu sa forme actuelle. Contrairement aux Juifs nazaréens, Paul déclarait que Dieu n'avait pas envoyé le Messie uniquement aux Juifs, mais à tous les peuples. Suivant la tradition juive les lois de la Torah pourraient être modifiées lors de la venue du Messie. Voyant l'intérêt porté par de nombreux païens d'Asie Mineure à la religion juive, et dans le but de s'attirer les Grecs et les Romains, il les dispensa de se charger du poids de lois qu'il leur était difficiles d'observer, comme la circoncision et les prescriptions alimentaires, se contentant de les soumettre simplement aux lois morales du Judaïsme. Paul parcourut l'Asie Mineure et la Grèce, prêchant aux Juifs dans les synagogues et aux païens dans les places publiques et organisant des communautés chrétiennes sur son passage. De retour à Jérusalem il entra en conflit avec la secte Judéo-chrétienne et repartit aussitôt pour se dédier à la conversion des païens. Ainsi deux sectes se formèrent autour du souvenir de Jésus, celle des Chrétiens d'origine Juive et celle des Chrétiens d'origine païenne. Ces derniers devaient peu de temps plus tard finir par s'écarter de plus en plus des racines Juives de leur nouvelle religion, pour devenir les ennemis implacables du Judaïsme.

L'ECOLE DE YAVNE Les Romains avaient détruit le Temple, massacré, fait prisonniers et déporté les combattants pris les armes à la main, mais la population juive de Palestine qui n'avait pas pris de part active à la révolte ne fut pas molestée, et après la guerre la population de Judée et de Galilée resta préponderamment juive. Les Pharisiens eux-mêmes avaient eu une attitude très modérée durant le siège de Jérusalem et avaient conseillé sa reddition. Peu après la prise du pouvoir par les Zélotes Rabban Shimon ben Gamliel mourut laissant un fils en bas âge, la présidence du Sanhédrin fut assumée par Rabban Johanan ben Zakkai. Voyant la situation sans issue, il demanda à ses élèves de répandre le bruit de sa mort, et réussit à se faire transporter hors de la ville dans un cercueil par deux de ses disciples, Rabban Eleazar et Rabban Joshua. Arrivé dans le camp romain, où il était connu pour ses idées modérées, Rabban Johanan ben Zakkai fit une impression profonde sur Vespasien, qui se déclara prêt à exaucer ses désirs, il demanda l'autorisation d'ouvrir une école à Yavne (Carte : 6), permission qui lui fut accordée. Après la chute du Temple, une synagogue et une école furent fondées à Yavne, où le Sanhédrin se réorganisa, prenant la forme d'une cour suprême pour la loi religieuse ainsi que la jurisprudence civile, sans créer de conflits avec les autorités romaines. Rabban Johanan ben Zakkai fut à la fois le Jérémie et le Zerubavel du second Temple : pleurant sa destruction comme Jérémie et posant les fondements de la survivance d'Israël à l'avenir comme Zerubavel. C'est grâce à lui et à son école que les doctrines essentielles du Judaïsme furent préservées et que la religion et la nation juive arrivèrent à subsister et à se développer jusqu'à nos jours. Lorsque Gamliel II, fils de Rabban Shimon ben Gamliel et descendant de Hillel eut atteint sa majorité, Rabban Johanan ben Zakkai abandonna la présidence du Sanhédrin de Yavne en sa faveur. Les membres du Sanhédrin furent désormais choisis d'après leur degré d'érudition. La secte des Sadducéens avait disparu avec la destruction du Temple et le Sanhédrin se composait uniquement de Pharisiens. Rabban Gamliel mit aussi fin à la querelle entre les partisans de l'école de Hillel et celle de Shammaï : parmi les membres du Sanhédrin de Yavne on compte plusieurs rabbins célèbres, Rabban Eleazar ben Hyrcanos, Rabban Joshua ben Hananiah et Rabban Eleazar ben Azaria. Grâce à Rabban Johanan ben Zakkai et à Rabban Gamliel, le Sanhédrin de Yavne réussit à remplir le vide qui s'était crée dans le domaine spirituel avec la destruction du sanctuaire, qui avait été le centre religieux de tout le peuple et auquel toutes les coutumes religieuses avaient été associées. Ainsi le pouvoir qui avait, depuis le retour de l'exil babylonien, été détenu d'abord par les grands prêtres, puis par les rois avait disparu, mais la direction de la nation juive était désormais dévolue aux sages et aux savants. Les sacrifices ne se faisant plus depuis la ruine du Temple, les prières quotidiennes devinrent l'essentiel du culte. Le Sanhédrin adopta la décision de prier trois fois par jour. La prière « Shmone Esre » fut remaniée de manière à y incorporer une prière concernant la restauration et la reconstruction de Jérusalem ainsi que le rassemblement des exilés. Plus tard une dix-neuvième prière fut ajoutée contre les traîtres et les hérétiques. Le rite synagogual fut défini et rendu uniforme partout. Les romains reconnurent peu de temps après le Sanhédrin de Yavne et son président ou Nassi, comme représentant des juifs dans leurs rapports avec les autorités. La dignité de Nassi fut transmise de père en fils pendant une dizaine de générations jusqu'à son abolition en 415. Lorsque le cousin de l'empereur Domitien, se convertit au Judaïsme, très probablement sous l'influence de Flavius Joseph, Domitien défendit aux Juifs de faire du prosélytisme, Rabban Gamliel se rendit à Rome pour faire abolir ce décret.

LA REVOLTE DE BAR COCHBA ( 132 – 135 ) La période de calme de quarante cinq ans qui suivit la destruction du Temple, prit fin vers la fin du règne de l'empereur Trajan. Les peuples d'Orient avaient assisté à la guerre Judéo-romaine et avaient vu que les armées romaines n'étaient pas, malgré leurs victoires, nécessairement invincibles, et dans le coeur des Juifs de Judée l'esprit de révolte couvait toujours. Les ? ? campagnes de Trajan contre les Parthes, les Juifs de Mésopotamie, d'Egypte, de Cyrénaique et de Chypre firent cause commune avec les ennemis de l'empire. Trajan dut abandonner sa guerre contre les Parthes pour réprimer cette révolte qui dura trois ans. L'accession de son successeur Adrien en 117, marque un point tournant de l'histoire romaine, car c'est à partir de son règne que l'empire commença à décroître. Pour apaiser les esprits Adrien promit aux Juifs de les autoriser à reconstruire le Temple. Plus tard le calme étant revenu en Orient il changea d'avis et décida la reconstruction de Jérusalem pour en faire une ville païenne et voulut remettre en vigueur dans tout l'empire, une loi interdisant la mutilation corporelle, donc la circoncision. Un nouveau chef apparut parmi les Juifs en la personne de Shimon bar Cosiba qui prit le nom de Bar Cochba. Le plus grand des sages de l'époque Rabbi Akiva, qui exerçait une grande influence sur le peuple, l'appuya, le saluant comme Messie, et la révolte éclata en 132. Les Juifs infligèrent défaite sur défaite aux garnisons romaines occupant le Sud de la Judée ainsi que Jérusalem, où un autel fut érigé pour les sacrifices. Shimon Bar Cochba se proclama prince d'Israël et frappa des pièces de monnaie à Jérusalem. L'insurrection gagna la Galilée et la Samarie que les Romains évacuèrent. Seuls les Chrétiens ne participèrent pas à cette campagne de libération et Bar Cochba les considéra comme des traîtres et des hérétiques. Le gouvernement de Bar Cochba se maintint pendant trois ans. L'empereur Adrien rappela Severus de Bretagne et lui donna ordre de réprimer la révolte en Judée. Il réoccupa systématiquement tout le pays et en 135 la dernière forteresse juive celle de Bethar tomba après avoir résisté un ans et Bar Cochba y mourut. Suivant les historiens romains environ 580 000 Juifs perdirent la vie lors de ces trois années. Adrien se vengea sur les Juifs et tenta de détruire la religion, en défendant la circoncision, l'observance du Sabbat et l'étude de la Torah sous peine de mort. Jérusalem fut reconstruite sous le nom d'Aelia Capitolina, et sur le Mont du Temple un temple païen où s'élevaient des statues de Jupiter et d'Adrien fut érigé. Un Sefer Torah y fut brûlé le jour de son inauguration et l'accès de la ville interdit aux Juifs. La terreur régna de nouveau sur la Judée. Pour assurer la continuité de la religion les rabbins du Sanhédrin enseignaient la Loi et ordonnaient de nouveaux rabbins au péril de leur vie. Dix sages moururent en martyrs. Rabbi Akiva fut écorché vif et mourut en récitant le Chéma. Rabbi Ishmaël fut exécuté. Rabbi Hanina ben Teradion surprit pendant qu'il enseignait la loi, fut enveloppé dans un Sefer Torah et brûlé vif. Rabbi Juda ben Baba, partit ordonner rabbins sept élèves de Rabbi Akiva, une nuit dans une vallée en Galilée, dénoncé et surpris, il fut mis à mort, mais les sept jeunes rabbins réussirent à prendre la fuite et se rendre à Babylone, pour retourner en Judée quelques années plus tard, deux d'entre eux étaient Rabbi Meir et Rabbi Shimon ben Yohai. Le Sanhédrin de Yavne avait cessé d'exister.